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L'Intrus de Claire Denis
Avec : Michel Subor, Grégoire Colin, Béatrice Dalle, Katia Golubeva

A cœur ouvert

Louis Trebor vit en ermite dans une petite maison perdue aux confins du Jura français tout près de la frontière suisse. Sentant la mort approcher, ce vieux père malade décide de se faire greffer un nouveau cœur, promesse d’un nouveau départ. Apres l’opération, il quitte l’Europe pour la Polynésie à la recherche d’un fils qu’il avait abandonné trente ans plus tôt.

Après une adaptation plutôt réussie d’une nouvelle de Emmanuelle Bernheim (Vendredi Soir), Claire Denis signe un film magnifique à la fois hypnotique et mystérieux dans la lignée de Trouble Every Day. Louis Trebor vit en planque, il se sent constamment épié. Il mène une existence primitive : dormir, marcher, manger, faire l’amour, tuer a l’occasion un visiteur inattendu. Portée par la douceur des images et le rythme lent de la mise en scène, Claire Denis compose un univers formel troublant parce qu’extrêmement familier. Ainsi, quand il retourne à la ville, Trebor en bon père, retrouve son fils incarné par Gregoire Colin.

La mort rôde néanmoins, d’où l’inquiétude perceptible dans le regard du vieil homme. Elle prend l’apparence d’une mystérieuse cavalière slave. Réalité, cauchemar éveillé, figuration d’une mort annoncée, la mise en scène ne tranche pas. Seul Trebor pourrait répondre mais Claire Denis ne semble pas disposée à fournir plus d’explication. Tant mieux

Le film gagne ainsi en intensité, offrant systématiquement aux spectateurs différents niveaux d’interprétation. Le voyage de Trebor permet en quelque sorte de reconstituer le parcours de cet homme solitaire, condamné désormais à vivre avec le cœur d’un autre. Ce corps étranger est l’intrus du titre, un danger permanent en cas de rejet. Lentement, le film perce les blessures du personnage à mesure que les cicatrices de l’opération disparaissent de son corps. Dans le rôle, Michel Subor impose sa présence tout en apportant une certaine instabilité aux plans : son parcours ne signifie rien d’autre qu’une fascination mêlée d’angoisse envers les corps étrangers.

Arrive à Tahiti, le vieil homme tente de renouer avec un fils qu’il n’a pas connu. Claire Denis utilise subtilement certains motifs de la première partie du film - la baignade notamment - comme pour mieux s’en affranchir. Le film s’engage dans un univers encore plus inquiétant, baigné par une lumière irréelle: c’est la découverte du cadavre du premier film à la morgue. La scène semble désormais déconnectée du reste du récit, chacun peut lui donner sa propre interprétation de la même manière qu’il peut agencer les scènes à sa façon avec le mince espoir de trouver au film une signification définitive. C’est la force de ces films trop rares, hypnotiques, puissantes boîtes à rêves : ils appartiennent autant à leur auteur qu’aux spectateurs.
J.H.D. 

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