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Sommeil Amer de Mohsen Amiryoussefi
Avec : Abbas Esfandiari, Delbar Ghasri, Nohsen Rahimi, Yadollah Anvari, Asqhar Kazemi

Le Ciel peut attendre

Les premières images ont de quoi surprendre. Une équipe de télévision tourne un reportage sur la cite funéraire de Sedeh et interroge les employés du cimetière. Libérés face à la camera, ils disent tout le mal qu’ils pensent de leur patron, un certain Esfandiar. Il faut quelques minutes et un simple travelling arrière pour quitter le temps du documentaire et révéler la véritable nature de ces images. Assis dans son fauteuil, Esfandiar en personne regarde la télévision. Furieux, il s’invite sur le lieu du tournage situé en face de chez lui pour corriger ses subalternes, entrant dans le cadre du téléviseur. La fiction peut dès lors commencer.

Parti filmer un documentaire sur les rites funéraires, Mohsen Amiryoussefi livre à l’arrivée une comédie macabre fort singulière. Le cinéaste suit donc Esfandiar, laveur des morts et responsable du cimetière. Il dirige l’établissement d’une main de fer terrorisant ses piètres employés jusqu’au jour ou pris d’un malaise, il sent son heure arriver. Fatigué, le vieil homme entend laver ses pêchés et se réconcilier avec ses employés. Il décide même de faire du jeune fossoyeur opiomane son successeur.

La rédemption du vieux laveur de morts sert ainsi de moteur à une intrigue originale où l’humour noir l’emporte sur la froideur des lieux. Surtout, Sommeil Amer s’emploie à brouiller la frontière entre le monde des vivants et celui des morts, un effet renforcé par le jeu des acteurs non professionnels. Ainsi, Esfandiar explique tout naturellement face à la caméra comment laver les morts en vue de leur enterrement. Le vieil homme ira jusqu’ à s’exclamer en parlant des cadavres cette réplique d’anthologie : « être ou ne pas être, c’est la même chose ! »

A force côtoyer les morts, le film s’aventure progressivement sur le terrain fantastique. Esfandiar finit par se persuader qu’il peut communiquer via sa télévision avec Azrael, l’ange de la mort mais cette présence l’effraie. Mohsen Amiryoussefi joue avec la peur naturelle de la mort et livre le portrait touchant de ce vieil homme solitaire. Alors qu’il cherche à se racheter auprès de ceux qu’il a si souvent humiliés, l’écran de sa télévision lui donne à voir les images de ses funérailles où le vieil homme ne peut que constater l’ingratitude de ses proches. Et le film de basculer dans une certaine mélancolie teintée de poésie avec au bout du tunnel, la folle énergie de continuer à vivre.
J.H.D. 

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