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Le Film Décrypté : Xiao Wu, artisan pickpocket de Jia Zhang Ke
Avec : Wang Hong Wei

Le voleur d’images

Bienvenue à Fenyang, petite cité de la province du Shanxi. C’est ici que s’écrit l‘une des pages les plus importantes du cinéma contemporain, celle de la Nouvelle Vague chinoise emmenée par Jia Zhang Ke dont c’est le premier film.

Le cinéaste suit ici le trajet d’un jeune homme solitaire Xiao Wu. Au début du film, il revient dans sa ville natale après une longue absence inexpliquée. Sur place, la police le surveille, ses anciens amis l’évitent : Xiao Wu traîne en effet une réputation de voleur, celle d’un pickpocket professionnel craint de tous.

Tourné sans autorisation, Xiao Wu marque une rupture radicale dans un cinéma chinois repris en main par les autorités à la fin des années 90. Camera à l’épaule, Jia Zhang Ke filme le désoeuvrement d’un jeune homme triste, solitaire à la recherche de sa place dans la communauté. Son parcours renvoie inévitablement à la Nouvelle Vague et certains de ses plus célèbres films, (Les 400 Coups, A bout de souffle…) dans sa capacité à capter le réel, la banalité d’un quotidien peu reluisant et le manque de perspectives d’un avenir incertain.

Mais le programme de Jia Zhang Ke ne s’arrête pas là. Véritable voleur d’image dans un pays régi par la censure, il dresse un portrait sans concession de la Chine post-communiste : omniprésence de la police (radio, haut-parleurs…), jeunesse désœuvrée, extrême pauvreté. A l’image de ces quartiers de Fenyang rasés pour réaménager l’espace, il s’agit d’une société en constante évolution dont le personnage de Xiao Yong en fournit la parfaite illustration. Ancien ami et complice de Xia Wu, il passe pour « l’entrepreneur modèle » alors qu’il n’est qu’un vulgaire trafiquant de cigarettes.

Quelques plans suffisent à Jia Zhang Ke pour saisir l’hypocrisie de cette situation. Dans ce monde qui bouge sans cesse, il faut s’adapter pour subsister. Xiao Wu en est tout bonnement incapable. C’est ce qui précipitera sa chute au terme d’une errance magnifique à travers la Chine d’aujourd’hui.
J.H.D. 

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