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Charlie et la chocolaterie de Tim Burton
Avec : Johnny Depp, Freddie Highmore, Annasophia Robb, Julia Winter

Itinéraire de deux âmes d’enfants fatiguées

Charlie Bucket vit avec sa famille dans une maison délabrée aussi avare en chaleur thermique que remplie d’amour. De sa fenêtre, Charlie aperçoit la gigantesque chocolaterie Wonka où personne n’est entré ou sorti depuis quinze ans, alors que des tonnes et des tonnes de chocolats continuent d’être fabriquées et expédiées partout dans le monde. Un jour Willy Wonka, son énigmatique propriétaire, annonce qu’il ouvrira ses portes à cinq enfants privilégiés pour partager ses secrets. Pour cela, cinq tickets d’or sont dissimulés parmi des milliards de tablettes chocolatées. Charlie aura-t-il la main heureuse ?

Lorsque les routes de Tim Burton et de Johnny Depp se croisent pour la quatrième fois, ces derniers s’attaquent à un monument de la littérature pour enfant. Juste retour des choses tant l’œuvre de Roald Dahl a eu une influence importante sur le travail anticonformiste de Burton. De plus, confier le rôle du chocolatier farfelu et misanthrope à un acteur de la trempe de Johnny Depp avait de quoi en enthousiasmer plus d’un tant chacune des rencontres entre les deux artistes avait engendré des films passionnants (Edward aux mains d’argent, Ed Wood, Sleepy Hollow).

Seulement leur dernier film s’était malheureusement apparenté à la fin d’une époque très créative tant pour Burton que pour Depp. Le premier s’était embourgeoisé en signant une grosse machine impersonnelle (le remake de La Planète des singes), puis une sucrerie écœurante de bons sentiments – et véritable négation d’Edward… – à côté de laquelle …Amélie Poulain passait pour de la subversion (Big Fish). Le second a longtemps ramé, au pire, dans des panouilles (La femme de l’astronaute, Chocolat), au mieux, dans des réussites assez mineures (Blow, From Hell) avant de revenir en force grâce à sa prestation oxygénée dans un gros navire prenant l’eau (Pirates des Caraïbes). Alors on était bien en droit d’espérer que Charlie et la chocolaterie marque leur grand retour. Pas vraiment, hélas !

Sans atteindre les vertiges neurasthéniques de Big Fish, la fatigue demeure le sentiment le plus fréquent de Charlie… et ce, malgré les promesses du début. La première partie tenant lieu d’exposition donne l’illusion d’un réveil: introduction des personnages réussie, la générosité et la tendresse ressenties pour Charlie est inversement proportionnelle à celles de ses rivaux, véritables têtes à claques miniatures, le comic relief est parfaitement assuré par les grands-parents de Charlie, David Kelly en tête pour son rôle de Grand-Pa Joe. Pourtant la belle mécanique commence à se gripper dans la deuxième partie, dédiée à la visite de l’immense chocolaterie, qui voit la défaite des enfants gâtés et la victoire par élimination de Charlie le cœur pur. La grande faiblesse de ce pan de film est la mise à nu plus ou moins volontaire d’une structure narrative hautement répétitive. Le scénariste John August, déjà “responsable” de Big Fish, n’a pas jugé nécessaire d’apporter un peu plus de flexibilité. On assiste donc à un pilotage automatique des dix petits nègres en culottes courtes avec, à chaque fois, le même modus operandi : Willy Wonka fait visiter une salle, métaphore du vice d’un des garnements qui tombe dans le panneau et se fait châtier ; les Oompa Loompa, les pygmées ouvriers de la chocolaterie effectuent ensuite une chorégraphie chantée, authentiques clins d’œil aux films de Bugsy Berkeley ou aux Beatles; enfin Charlie pose des questions personnelles à Willy Wonka, ravivant un ancien traumatisme familial (un apport au livre plus que dispensable)… Cette répétition crée alors de très nettes inégalités dans les séquences punitives mollement mises en scène dans l’ensemble avec, de temps à autre, de réelles bonnes idées comme ce pastiche décapant de 2001, l’Odyssée de l’espace où une barre chocolatée géante remplace le monolithe noir.

Néanmoins, en dépit de ses carences manifestes, Charlie… est un divertissement qui tient la route parce que Burton a su s’entourer d’une bonne équipe technique : Philippe Rousselot apporte à la photo un soin de tous les instants, il en va de même pour les costumes de Gabriella Pescusci et Danny Elfman s’est fait grand plaisir en composant et interprétant les chansons déjantées du film qui trahissent parfois les origines punk du musicien… Manque l’étincelle mélancolique qui aurait pu faire basculer le film dans la catégorie des classiques instantanés à double niveau de lecture. A l’instar de l’interprétation de Johnny Depp, enlaidi pour la circonstance, Charlie… reste trop sage, trop calibré pour les plus jeunes, et les enfants terribles d’Hollywood déçoivent irrémédiablement. Même les plus rebelles éprouvent quelque fois de grosses fatigues.
J.F. 

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