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Le Film Décrypté : Sunset Boulevard de Billy Wilder
Avec : Gloria Swanson, William Holden, Erich von Stroheim, Hedda Hopper, Buster Keaton, Cecil B. DeMille

Hollywood, cruelle chimère

Années 1950, Joe Gillis rêve d’avoir une grande maison avec une piscine. Il en aura une… avec son propre cadavre flottant à la surface. Un mort raconte comment il en est arrivé là. De son vivant, scénariste en panne d’inspiration et d’argent pour régler son loyer, Joe se retrouve par des circonstances hasardeuses dans une immense demeure apparemment à l’abandon. Dans cette maison où le temps semble s’être arrêté, il fait la connaissance de Norma Desmond, une ancienne gloire du cinéma muet, balayée comme tant d’autres par l’arrivée du parlant. Joe va alors abuser de sa confiance en lui promettant de retravailler le scénario que Norma a écrit dans l’espoir de faire un come-back fracassant.

En 1950, Billy Wilder réalise son plus grand film et probablement un des plus beaux diamants noirs du cinéma américain. Le réalisateur parlait de Sunset Boulevard comme étant « …le film le plus sincère qui ait été réalisé sur Hollywood.». Cinquante-cinq ans après, seul Mulholland Drive de David Lynch est capable de rivaliser avec ce chef d’œuvre dans la description pessimiste, mais lucide de cette cité des rêves (brisés pour la plupart), ce miroir aux alouettes qu’est la Mecque du cinéma. Le film fut mal accueilli par «les professionnels de la profession», pour reprendre l’expression Godardienne : on n’aime jamais entendre ses quatre vérités, surtout quand Wilder dénonce une industrie qui fabrique des vedettes à la chaîne, les transforme en monstres d’égocentrisme pour mieux les oublier ensuite. Le désespoir initial de Joe Gillis est un leurre car il incarne à lui seul l’opportunisme hollywoodien en utilisant le besoin de célébrité d’une femme fragile enfermée dans son Xanadu californien (cf. Citizen Kane).

Bien que conscient des délires mégalomaniaques de cette époque maintenant révolue, Wilder célèbre avec tendresse la magie du cinéma Golden Age à travers Norma Desmond. A ce titre, la visite qu’elle rend à Cecil B. De Mille – lors du tournage réel de Samson & Dalida – est bouleversante: à peine entrée sur le plateau de tournage, les projecteurs se braquent sur son visage resplendissant où toute aigreur semble avoir disparue. Elle est reconnue par les techniciens, les maquilleuses, les figurants, des hommes et des femmes sans qui Hollywood ne serait rien. Gloria Swanson, ancienne star du muet, trouve là le rôle de sa vie. La grandiloquence de son jeu, en opposition avec celui plus réservé de William Holden, souligne le contraste entre ces deux époques. Son incroyable présence entre dans l’histoire des compositions les plus mémorables du cinéma américain tant ses colères frôlant la folie, sa détermination et son instabilité représentent à jamais l’image que l’on se fait d’une Diva.

Aussi, il est important de se pencher sur le personnage de Max von Meyerling qui n’est une relecture du destin tragique de son interprète, Erich von Stroheim. Il signa certainement les plus beaux films muet (Les Rapaces notamment), mais fut écarté par les décideurs, las de ses multiples échecs commerciaux (un destin qui n’est pas sans rappeller celui de Terry Gilliam). Au moment du tournage de Sunset Boulevard, il n’est plus qu’un second couteau, un visage connu. Et Wilder exécute le plus beaux des hommages lors de la poignante dernière séquence quand il demande à Swanson et von Stroheim d’être à nouveau ce qu’ils étaient et ne seront jamais plus après: une actrice et un metteur en scène.

Nul besoin pourtant d’être un cinéphile chevronné pour apprécier pleinement ce joyau du cinéma. Le film se suffit à lui-même par la seule richesse de son scénario, de ses sublimes dialogues («Norma Desmond, je vous reconnais, vous étiez une grande !» «Je SUIS grande, ce sont les films qui sont devenus petits !») et l’inventivité de sa mise en scène naviguant à la fois sur plusieurs registres, du mélodrame au film noir en passant par le fantastique avec son atmosphère mortifère. Sunset Boulevard est un chef d’œuvre absolu.
J.F. 

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