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La Guerre des mondes de Steven Spielberg
Avec : Tom Cruise, Dakota Fanning, Justin Chatwin, Tim Robbins

Fin de siècle, fin du monde

Peu d’informations avaient filtré sur le nouveau film de Steven Spielberg. Tout au plus, savait-on qu’il s’agissait d’une adaptation du roman de H.G. Wells avec Tom Cruise dans le rôle principal. Surtout, une habile campagne de promotion s’était bien gardée de révéler le moindre élément relatif au visuel des extra-terrestres du film. Le choc n’en est que plus grand tant à l’arrivée, La Guerre des Mondes redéfinit le modèle du blockbuster americain.

Il est loin en effet le temps des seventies où Spielberg jouait la carte du fantastique pour délivrer un message optimiste. Les gentils extra-terrestres de E.T. et de Rencontres du Troisième Type ont progressivement laissé la place à des êtres dangereux et belliqueux (Mars Attack !, Independance Day…) dont l’humanité regroupée a chaque fois derrière la bannière étoilée parvenait toujours à triompher. A cet égard, les événements du 11 Septembre ont très clairement changé la donne. L’Amérique a perdu son assurance et assaillie de doutes, a peur. En un sens, La Guerre des Mondes n’est que le reflet de cette évolution inquiétante mais au fond très logique.

Steven Spielberg adapte ainsi fidèlement le texte de Wells, reprenant même mot pour mot des lignes du roman récitées par Morgan Freeman lors de l’introduction et de l’épilogue du film. La principale différence réside dans le choix du héros si ce mot possède encore un sens ici. La figure du scientifique de H.G. Wells laisse ici sa place à Ray Ferrier, un docker divorcé, père de deux enfants, americain moyen ou plutôt homme de la rue comme l’appelait judicieusement Franck Capra. Il assiste impuissant à l’attaque de la planète par une imposante armada extra-terrestre cachée au centre de la terre et tente par tous les moyens de protéger son fils et sa fille.

Steven Spielberg et son scénariste David Koepp prennent rapidement le contre-pied des blockbuster traditionnels. Ne cherchez pas ces plans classiques où les plus grands monuments de la planète sont attaqués, ils sont tout simplement absents. Le cinéaste se concentre sur la déroute d’une humanité en sursis, littéralement exterminée par les engins extra-terrestres. Les corps se désintègrent au vent sans laisser la moindre trace à la stupeur des survivants qui fuient en masse ce cauchemar.

Le film multiplie les scènes d’anthologie, Steven Spielberg renvoyant sans cesse son public vers d’autres classiques du cinéma americain, notamment Zombie pour la scène où des réfugiés attaquent puis détruisent la voiture de Ray. Cette humanité terrorisée par la peur que lui inspirent les machines renonce progressivement à sa spécificité et bascule dans la violence et la brutalité comme seul échappatoire possible. L’épisode de la cave pousse maladroitement cette logique au bout mais ces considérations paraissent aussitôt bien minimes. Cette humanité, prête à s’effacer devant les machines ou la force des éléments n’est rien à l’échelle de l’univers. La nature, justement, aura raison in extremis des envahisseurs dans une conclusion fidèle à l’esprit de H.G. Wells. Mais après un tel cataclysme, rien ne sera jamais plus pareil pour les rescapés comme pour les spectateurs, témoins de ce voyage terrifiant au bout de l’humanité.
J.H.D. 

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