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Coach Carter de Thomas Carter
Avec : Samuel Lee Jackson, Robert Ri’Chard, Rob Brown, Debbi Morgan, Ashanti.

Veni, Pompi, Vici ! Ou comment mater des mauvaises graines en leur administrant des pompes par série de cinq mille pour qu’ils ne deviennent pas seulement des basketteurs chevronnés, mais des hommes, mon fils !

Le navet de studio prend une saveur incomparable dès lors qu’il mélange le portrait d’hommes “bigger than life” et la bonne grosse leçon de vie. Coach Carter est à ce titre un cru exceptionnel, capable de rivaliser avec une “pointure” comme Esprit Rebelles (souvenez-vous, Michelle Pfeiffer dressait déjà une classe de sauvageons en enchaînant le coup de pied sauté avec les discours lénifiants). A travers cette évocation d’un entraîneur d’une équipe de basketteurs dans un lycée ghetto appliquant des méthodes sans concessions se dégage ce même culte outrancier de l’effort, de l’ambition, de la volonté de prendre son destin en main déjà présent dans le film de John N. Smith, la mention “inspirée d’une histoire vraie” servant bien entendu de caution.

Ken Carter - le vrai - a eu très certainement raison de consigner son équipe pour ses médiocres résultats scolaires, soulignant à la fois les failles du système scolaire américain et le mirage du sport comme seul ascenseur social pour les minorités ethniques. Par expérience, il savait qu’avoir la moyenne pour décrocher la bourse universitaire d’athlète était le seul sésame pour que ses joueurs quittent le ghetto de Richmond. Seulement le bon sens de ce message s’apparente à un sermon et il est délivré avec la légèreté d’un piano à queue balancé du dixième étage.

Thomas Carter déverse ainsi sur son sujet des torrents d’incohérences et de clichés plus navrants les uns que les autres, rappelant combien sport et cinéma font rarement bon ménage. Rien ne nous est épargné: le latino insolent renvoyé de l’équipe se mettant à dealer, avant de mendier sa réhabilitation tel l’enfant prodigue (les milliers de pompes en plus !); le fils Carter, droit et volontaire, rejoignant son entraîneur de père pour lui témoigner son soutien et gagner son respect; le joueur talentueux contraint de choisir entre une carrière prometteuse et ses responsabilités envers sa copine enceinte; les ralentis martiaux dans les vestiaires précédant l’entrée dans l’arène; et le summum de la guimauve, Ken Carter expliquant avec des tremolos dans la voix à son équipe que la plus belle des victoires est au-delà du terrain… Ces sous-intrigues sont dénuées du moindre intérêt et alourdissent déjà une histoire interminable (eh oui ! Cent-quarante minutes !) et surtout risible quand on réfléchit à la méthode du coach: les pompes ! Pas besoin de redéfinir une stratégie d’équipe ou d’améliorer les performances en dribble ou en lancer. Rien ne vaut des tours de stade et des pompes ordonnés par un entraîneur sans défauts.

En effet, Ken Carter - le personnage - est un père et un époux admirable, sait comment prêcher la bonne parole aux “djeuns”, sauve ses recrues de la tentation des pécheresses blanches lors d’une soirée arrosée, regonfle les ballons crevés par la simple imposition des mains et change l’eau en boisson énergisante (deux erreurs se sont glissées dans cette énumération, saurez-vous les reconnaître ?) .Samuel Lee Jackson offre logiquement une de ses pires interprétations, donnant à Coach Carter des accents parodiques ahurissants: Samuel beugle, distribue des pompes comme d’autres nettoieraient la Courneuve au Karcher. Mais ce qui prédomine est la tristesse de voir un acteur talentueux au générique d’un film qui prend manifestement les spectateurs pour des abrutis. Allez Sam, cinq mille pompes et on n’en parle plus !
J.F. 

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