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Le Film Décrypté : Fantasmes de Stanley Donen
Avec : Peter Cook, Dudley Moore, Eleanor Bron, Raquel Welch

Stanley Moon est follement amoureux de Margaret, serveuse dans le bar où il travaille. Timide et au bord du suicide, il reçoit la visite de Spiggott, le diable en personne. Ce dernier s'engage, en échange de l'âme de Stanley, à faire succomber la femme de ses rêves en lui donnant droit à la réalisation de sept vœux...

Quand Harold Ramis sort son très inégal Endiablé en 2000, on a oublié que cette variation comique de la damnation de Faust est en fait le remake d’un film de Stanley Donen sorti en 1967. A travers la nouvelle version et l’original, deux écoles comiques s’affrontent, celle du yankee Saturday Night Live et celle, moins connue par chez nous, de Peter Cook et Dudley Moore. Véritables légendes du british humour et pères spirituels des Monty Python, le duo a sévi pendant des années sur le petit écran durant lesquelles Peter Cook utilisa à bon escient son esprit acerbe dans des sketchs absurdement anglais. Mais Peter Cook commence à se sentir à l’étroit à la télé et souhaite davantage de liberté. Stanley Donen vient de terminer le tournage éprouvant de Voyage à deux et vise une nouvelle réalisation légère. Quand il tombe sur le scénario de l’humoriste anglais, il accepte de suite. Cette association du maître de la comédie sophistiqué et du satiriste le plus en vogue à Londres donne naissance à Fantasmes, sommet de l’humour made in England.

Peter Cook se donne le plus beau rôle puisqu’il joue un Malin tiré à quatre épingles, à la coupe Beatles avec rouflaquettes de rigueur, délivrant des perles d’humour à froid (« Vous réalisez que le suicide est un crime. Autrefois, on vous pendait pour ça ! »). Ce flegme très britannique annihile toute aspect menaçant au point de faire davantage passer son personnage pour un empêcheur de tourner au rond qu’une véritable force du Mal. Le Diable dans Fantasmes dirige plutôt une P.M.E. qui consiste à collecter des âmes en échange de sept vœux tout en se livrant à des actes de méchanceté aussi absurdes qu’hilarants comme rayer des vinyles, arracher les dernières pages d’un Agatha Christie ou encore réduire en bouillie un chargement de bananes. Les sept vœux sont l’occasion de mettre en scène autant de séquences dans lesquels Stanley Moon, le personnage interprété par Dudley Moore se voit transformé en insupportable bavard à phrases alambiquées, en millionnaire impuissant, en mouche même. Chaque souhait se révèle être finalement un cauchemar dans la mesure où le Diable s’engouffre dans les imprécisions de Stanley pour faire capoter ses projets.

Les savoureux dialogues et l’interprétation du duo, riche en accents cockney et aristo, n’ont pas pris une ride. Fantasmes se permet même de lorgner vers la satire des mœurs anglaises avec les envolées cyniques de Peter Cook sur la religion (le couvent des Beryliens Sauteurs notamment, qui fera souffrir les côtes de plus d’une personne), le sexe et les conventions sociales. Sur ce point, le film offre un pastiche bidonnant de l’époque psychédélique quand Stanley est changé en chanteur accro à la célébrité, implorant ses fans de l’aimer, de le toucher, de lui dire qu’ils ne peuvent pas vivre sans lui.

Dans cette séquence superbement réalisée, Stanley Donen suggère avec finesse le miroir aux alouettes de la célébrité quand les écrans de télé font barrage entre Stanley Moon et nous. Ce dernier se fait voler la vedette par le Diable (rebaptisé Repoussoir et herbes folles !), crooner au regard vide et à la voix atone clamant avec indifférence à son public « Vous n’éveillez rien en moi ! ». Au delà du caractère comique, la cold wave y est anticipée avec dix ans d’avance.

Certes Fantasmes ressemble plus à Peter Cook qu’à Stanley Donen mais il serait regrettable de bouder son plaisir devant autant de vacheries et d’absurdités concentrées en 96 minutes. Si, en plus, le film donne l’occasion à Raquel Welch de mettre autant en valeur son corps de rêve que son goût pour l’autodérision dans la peau de Lillian Luxure (mariée à Paresse, ça ne s’invente pas !), il ne reste qu’une chose à ajouter : foncez !
J.F. 

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