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Three Times de Hou Hsiao Hsien
Avec : Shu Qi, Chang Chen, Mei-Fang, Di Mei, Liao Su-Jen

L’Histoire de l’Amour

Par quoi commencer ? La mise en scène somptueuse ? Le jeu des acteurs remarquables ? La puissance émotionnelle de certaines scènes ? Le dernier film de Hou Hsiao Hsien laisse sans voix, subjugué par une œuvre qui de relecture en relecture se réinvente perpétuellement. Sur trois époques, le cinéaste taiwanais met en scène trois histoires d’amour interprétées par le même couple d’acteurs.

Le film débute en 1966. Un soldat en permission part à la recherche d’une jeune femme rencontrée dans une salle de billard. Epoque bénie de libération politique, de paix et d’amour pour ces jeunes gens. Dans un style que Wong Kar-Waï n’aurait pas renié Hou Hsiao Hsien signe son In the Mood for Love et livre en quarante minutes un chef d’œuvre de précision et d’émotion. Rien n’est laissé au hasard, une roue de bicyclette en mouvement, une partie de billard, le mouvement des bateaux dans la baie de Kaohsiung. Sans parler de la conclusion sublime bercée par le titre magnifique de Aphrodite’s child.

La suite est moins rose. En 1911, dans un Taiwan sous domination japonaise, une courtisane attend son heure, la libération qui fera d’elle une concubine. Mais son amant journaliste engagé politiquement a d’autres projets en tête. Le cinéaste revisite l’univers des Fleurs de Shanghaï avec ce film d’époque poignant bercé par une reconstitution maniaque, Hou Hsiao Hsien préférant placer des intertitres plutôt que de laisser ses interprètes s’exprimer dans un langage qui ne correspondrait pas à l’époque. Ce dispositif difficile n’en renforce pas moins la mélancolie affective dégagée par la courtisane, assistant impuissante au rachat d’une autre rivale, retardant d’autant le sien. Dans ce monde privé de liberté, elle doit se résoudre à subir la loi des hommes.

Cet amour non réciproque n’est que souffrance. Il introduit magistralement le troisième temps du film. Dans un Taipei moderne mais saturé de bruit, Hou Hsiao Hsien suit un couple de jeunes amants, Jing et Zhang. Elle est chanteuse, souffre de crise d’épilepsie et perd progressivement l’usage d’un œil. Il est photographe, plasticien, mais n’est pas sûr de ses sentiments. Elle non plus, partagée entre son amant et une autre jeune femme qu’elle fait souffrir. Alors que les précédentes parties du film captaient les instants d’une époque révolue, Hou Hsiao Hsien enregistre cette fois un présent pur, sans mémoire ni avenir. La liberté retrouvée semble bien vaine tant les personnages communiquent difficilement. Les virées nocturnes et hypnotiques rappellent Millenium Mambo et la perte programmée de tout sentiment, les émotions devant dorénavant être véhiculées à travers les écrans des téléphones portables.

Epilogue sombre pour un film extrêmement lumineux. Car à travers ce motif simple et récurrent d’une histoire d’amour, Hou Hsiao Hsien signe un film d’une rare beauté formelle, relecture audacieuse de son œuvre, les époques, les personnages et les expériences réunies dans un même élan essentiel. Du cinéma tout simplement, du très grand cinéma.
J.H.D. 

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