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Domino de Tony Scott
Avec : Keira Knightley, Mickey Rourke, Edgar Ramirez, Lucy Liu, Mena Suvari

Scott. Un nom. Deux prénoms, Ridley et Tony. Deux réalisateurs, deux façons de faire, incompatibles. Ridley serait l'esthète à la recherche de la perfection plastique, capable de faire jaillir la contemplation poétique au beau milieu du spectaculaire. Il cumule grandiose à l'américaine et rigueur britannique. Cinéaste inégal certes (se souvenir d'A Armes égales) mais rien qu'avec Blade Runner, Ridley Scott est entré dans la légende. Et puis il y a Tony, le petit frimeur au style tapageur, voulant faire plus redneck qu’un redneck. Depuis plus de 20 ans, Tony Scott signe de sa marque de pubard vulgaire des films formellement limite, en suivant la tendance de l'outrance visuelle. C'est chez Bruckheimer que Tony Scott trouve sa voie en caressant dans le sens du poil les relents nationalistes (pour ne pas dire racistes) et ultraconservateurs de l'Amérique profonde, à l'exception notable de True Romance et Spy Game, polar et film d'espionnage efficaces. Tony Scott, n'est donc pas caractérisé par sa finesse qualitative, impression confirmée par Man on fire et Domino, son passage du médiocre au pire.

Man on fire correspond à une radicalisation de la griffe Scott : surdécoupage intempestif, utilisation de filtres de couleurs sursaturées, variations de vitesse aussi brutales que vaines, bande son poussée au maximum et impression de dialogues sur l'image illustraient une histoire d'autodéfense où faire exploser un mexicain kidnappeur d'enfant avec une grenade dissimulé dans son anus, c'était trop la classe. Domino se montre moins puant sur le fond mais il compense largement par un surplus de mauvais goût dans la forme qui transforme la vision du film en une expérience pénible : si Man on fire subissait un rouleau compresseur visuel seulement pour quelques passages, Domino est "vierge" de tout plan "sobre". Seuls les accros à la mescaline et aux amphets seront enclin à apprécier ce film, qui, au fond, fait du surplace.

Car, autant être clair, Domino n'est qu'un amas de fureur audiovisuelle tournant à vide, desservi par un scénario rempli de sous-intrigues mal construites mal reliées, dont la compréhension détaillée est rendue difficile par une absence de linéarité. Résultat : le film cale bien avant que le cap de la première heure n'ait été franchi. Par ailleurs le cynisme de sa mini-charge sur le voyeurisme des images achève de rendre Domino méprisable quand Tony Scott décrit avec force détails une amputation gratuite d'un bras au fusil à pompe. La chose est d'autant plus inacceptable que Richard Kelly, le réalisateur prometteur de Donnie Darko, est crédité comme scénariste. De bonnes pistes auraient dû être approfondies : que cherchait Domino Harvey ? Une figure paternelle ou le besoin de se frotter au danger pour se sentir vivre ? Les deux sans doute sauf que ces pistes ne sont que survolées parce que Richard Kelly préfère s'amuser à maltraiter deux ex-acteurs de la série Beverly Hills pendant que Tony Scott désamorce toute ébauche de portrait de son héroine en pulvérisant tout sur son passage. Ainsi Keira, Mickey et les autres n'échappent pas à cette entreprise de démolition massive où il est bien difficile d'exister.

C'est d'ailleurs un bien grand mot puisque si Domino Harvey a bel et bien existé, l'embrouille mafieuse qui occupe la seconde partie du film n'est que pure fiction. Difficile alors de parler de biopic quand cette seconde moitié n'est qu'un prétexte à compiler des séquences aussi fictives que stupides. On se dit alors que Domino Harvey, récemment décédée méritait mieux que cette bouillie visuelle que même la jeunesse américaine, pourtant friande de bruit et de fureur, a rejetée. C'est dire.
J.F. 

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