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Le Temps qui reste de François Ozon
Avec : Melvil Poupaud, Jeanne Moreau, Daniel Duval, Valeria Bruni-Tedeschi

Romain, 30 ans, gay, photographe de mode, fait un malaise pendant une séance photo. Il découvre qu'il est atteint d'une tumeur incurable au cerveau et qu'il va bientôt mourir.

François Ozon livre de façon métronomique son long métrage annuel depuis Sitcom en 1999. Il a connu son heure de gloire au début des années 2000 avec en point d'orgue 8 Femmes, huis clos féminin au casting poids lourd, énigme policière à la Agatha Christie mâtinée de comédie musicale.

Pourtant Ozon était loin de convaincre tout le monde : brillant portraitiste provocateur pour les uns, narcissique prétentieux cédant trop souvent à la facilité pour les autres (dont je fais partie). Le cinéma d'Ozon était considéré par ces derniers comme celui du prétexte : prétexte à diriger des actrices dans des situations incongrues dans 8 Femmes (la séquence lesbienne entre Catherine Deneuve et Fanny Ardant notamment), au côté ludique tant égoïste que statique de Swimming Pool, voire prétexte à la dissimulation, derrière la narration à rebours de 5x2, d’une machine à fantasmes sur l'enfer du couple aussi malhonnête que rance et calculée.

Curieusement, c'est lorsque le phénomène de mode commence à s'essouffler qu'Ozon délaisse ses chichis de copiste un peu trop voyants pour signer Le Temps qui reste, son meilleur film depuis l'heureux accident de parcours qu'était Sous le sable. Situé entre Sitcom (le Théorème « trashos » pas drôle) et 8 Femmes (Sirk pour les nuls), Sous le sable abordait le deuil impossible d'une veuve sans le corps de son mari, disparu en mer, et ce, avec une âpreté ahurissante, en harmonie avec la mystérieuse Charlotte Rampling. Le Temps qui reste propose la disparition progressive d'un corps décidé à regarder la mort en face. Sur un point de départ ressemblant curieusement à N'oublie pas que tu vas mourir de Xavier Beauvois, Ozon choisit l'épure, la rupture physique, sociale, familiale et sentimentale comme préparation (là où Beauvois utilisait la chronique d'une mort annoncée comme déclencheur du plaisir à tout prix). Ozon réussit à toucher les pro- comme les anti- à travers cet homme antipathique, tiraillé entre l'envie de panser ses blessures familiales secrètes et l'incapacité de s'en donner les moyens.

Beau personnage que ce photographe enfermé dans une solitude telle que les rapports entretenus avec les siens se font soit au moyen de son corps (l'accolade au père, dernière étreinte brutale avec l'amant), soit au moyen de son appareil photo. Sa parole, elle, n'est là que pour tailler dans le vif et blesser, quand le repentir arrive, ses mots s’adoucissent certes mais ils passent par le téléphone, tant le face à face est impossible pour Romain. La seule exception reste la visite à la grand-mère de Romain, grand moment de complicité tendre et vacharde car elle aussi "va bientôt mourir". L'interprétation à la fois fantomatique et lumineuse de Jeanne Moreau y est certainement pour quelque chose. Cette partie, certainement la plus belle du film, résonne de l'éclat vibrant des dernières fois.

Mais Le Temps qui reste n'irait pas droit au cœur sans Melvil Poupaud dont la prestation bouleverse durablement tant il jongle avec les émotions contraires sans jamais se prendre les pieds dans le tapis. L'intensité de sa rage, la sobriété de ses moments de souffrance et la beauté de son abandon, de sa résignation à la mort éclipsent les moments les plus faiblards du film comme les flashbacks un poil trop insistant de l'enfance de Romain, le cliché du mourant aidant un couple en mal d'enfant (Volvic façon triolisme : "Un être s'éteint, un autre s'éveille") ou encore les dernières miettes du Ozon trash (C'est beau un fistfucking dans une backroom gay avec de la musique classique ? Mouais, bof !) Pour une fois, on passe l'éponge car le film se rattrape in extremis dans le dernier quart d'heure, magnifique, où Romain vit ses derniers instants, débarrassé de ses oripeaux d'homme moderne goûtant aux plaisirs simples d'un mourant ayant voulu redevenir un enfant à la plage, le temps d'une échappée en solitaire devenue ultime et belle à la fois.
J.F. 

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