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We don't live here anymore de John Curran
Avec : Naomi Watts, Laura Dern, Mark Ruffalo, Peter Krause

« Je me demande de quelle façon on va se faire surprendre ? » s’interroge Edith après qu’elle et Jack aient fait l’amour dans les bois. Jack est le meilleur ami de Hank, le mari d’Edith, qui est une très bonne amie de Terry… la femme de Jack. Cette dernière va, bien évidemment, tomber dans les bras de Hank par vengeance… Ainsi va la vie dans ce campus de Nouvelle Angleterre où Jack et Hank enseignent la littérature, élèvent tant bien que mal leurs progénitures et se trahissent par le biais d’infidélités qu’ils ne cachent pas tant que ça.

Les tromperies sont-elles moins graves quand elles se font entre amis ? Cette question, traitée mainte fois auparavant, est de nouveau à l’ordre du jour avec ce nouveau film de John Curran dont l’impressionnant Praise lui avait permis d’afficher un certain talent pour dépeindre les conflits intimes des marginaux camés d’Australie en 1998. Sept ans plus tard, Curran rentre au pays pour se pencher sur deux nouvelles d’Andre Dubus, devenu adaptable depuis le succès mérité de In The Bedroom de Todd Field. Avec l’aide de Larry Gross, Curran a fusionné les deux nouvelles Adultery (l’adultère raconté par Edith) et We Don’t Live Here Anymore (même histoire racontée cette fois-ci par Jack) pour chroniquer assez subtilement le quotidien morne de deux foyers pas si différents.

Bien que l’idée de départ fasse penser à Closer, We Don’t Live Here… s’avère être beaucoup plus honnête que le film de Mike Nichols dans la mesure où John Curran n’oublie pas un paramètre fondamental, indissociable de l’adultère : l’essoufflement du désir au sein du couple. Là où Nichols filmait avec un snobisme assez détestable les conséquences de la consommation d’un acte adultérin pour ne déboucher que sur un pensum aussi artificiel que branché (à mort Damien Rice !), John Curran met soigneusement et tranquillement en scène une dérive conjugale aux contours spatio-temporels flous. C’est à la fois sa force et sa faiblesse puisque cette imprécision conférerait presque une dimension universelle à cette histoire si l’on ne sentait pas de temps à autre quelques anachronismes plutôt gênants. Censé se dérouler de nos jours, We Don’t Live Here… respire les années post-révolution sexuelle avec Jack enseignant l’existentialisme russe par le biais de Ivan Ilyich, les soirées cinéma étranger entre amis ,ou encore l’absence d’ambitions professionnelles de Terry et Edith (en fait ni l’une, ni l’autre ni ne travaille !) Pareillement, l’opposition de caractère des deux femmes soulignée métaphoriquement par l’intérieur de leur maison est un poil trop appuyée (la maison sale et bordélique avec litière cradingue pour Terry la débordée ; le musée IKEA parfaitement agencé pour Edith la calculatrice). Malgré cela, la sincérité de Curran et de ses acteurs efface en partie ces défauts.

Sous ses faux airs de Closer, We Don’t Live Here… se devait de présenter pour chacun des personnages un minimum de complexité psychologique valorisé par des acteurs impeccables. Et sur ce plan, le film remplit parfaitement son contrat : Laura Dern, dans le rôle le moins développé, celui de la femme trompée, s’en sort admirablement en privilégiant une approche Cassavetienne dans les postures d’animal blessé. Elle retranscrit à merveille le tiraillement entre l’envie de larguer les amarres et la force des sentiments encore présents. Naomi Watts impressionne dans le rôle ambiguë de la maîtresse, fait de colère contenue derrière le masque de l’épouse soumise, car il est difficile de savoir réellement ses motivations quant à sa liaison avec Jack : besoin réel de réconfort ou riposte face aux infidélités de Hank ? Côté mâles, Mark Ruffalo parvient sans mal à donner vie à Jack, petite crapule ordinaire, n’assumant pas son plaisir égoïste au point de pousser sa femme dans les bras de son meilleur ami pour ne pas avoir le monopole de la culpabilité. Hank justement est subtilement interprété par Peter Krause (Nate Fisher dans Six Feet Under). La composition de Krause est la bonne pioche de ce casting de premier choix de par sa nature aussi inconfortable que cohérente. Quand par exemple, Jack peste contre ses cigarettes qui veulent le tuer, Hank répond laconiquement qu’elles n’ont pas d’âmes, et qu’elles ne cherchent pas à faire le mal. Quoi de plus normal pour Hank puisqu’il passe sa vie à fuir ses responsabilités ? Il a tort, évidemment. La blessure envers l’autre est bien réelle, qu’elle soit intentionnelle ou pas… On a connu pire comme message, non ?
J.F. 

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