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L'Exorcisme d'Emily Rose de Scott Derrickson
Avec : Laura Linney, Tom Wilkinson, Campbell Scott, Jennifer Carpenter, Colm Feore, Shoreh Aghdashloo

Confrontée à des forces démoniaques qui la contrôlent et la torturent, Emily demande l’aide du Père Moore pour pratiquer un exorcisme qui se solde par la mort de la jeune femme. Accusé d’homicide par négligence, le prêtre va être sommé de s’expliquer devant une cour de justice.

Exorcisme. Un rituel religieux très cinégénique qui nous amène inévitablement vers le morceau de choix. L’Exorciste de William Friedkin, bijou de terreur avec, la musique de Mike Oldfield, la réplique culte « Jesus fucks you ! », les jets de vomi verdâtre, la tête qui tourne à 360° et le final avec Max von Sydow (sans oublier la descente de l’escalier très « spéciale » dans le director’s cut de 2001, brrrrrrrrrrrrrr !). Depuis rien de bien saillant. Plus de trente ans après, un prequel racontant la jeunesse du père Merrin fut commencé par Paul Schrader puis retourné par Renny « Finesse ? Connais pas ! » Harlin. Ses médiocres résultats au box-office laissaient à penser que ré-exploiter le filon de la possession satanique était une mauvaise idée. L’énorme succès commercial de L’Exorcisme d’Emily Rose Outre-Atlantique prouve le contraire.

…Emily Rose ne navigue pas vraiment dans les mêmes eaux que le film de Friedkin. Scott Derrickson a plutôt choisi de s’éloigner des codes du fantastique pour privilégier une approche réaliste. Sur l’écran, cela se traduit par un mélange bâtard d’épouvante et de film de prétoire ; sur le spectateur, c’est un va-et-vient entre la curiosité et l’agacement. …

Emily Rose est un produit est de bonne facture et Scott Derrickson a su s’entourer d’excellents collaborateurs comme Tom Stern, vétéran de la direction photo et auteur de la superbe lumière de Million Dollar Baby, ou Christopher Young, fin compositeur à qui l’on doit la mélancolique partition de Jennifer 8. Et il faut bien admettre que les flash-backs narrant la possession progressive d’Emily sont suffisamment bien troussés pour affoler un tant soit peu le trouillomètre, qu’il s’agisse des contorsions de la jeune Jennifer Carpenter (dont les yeux globuleux rappellent Sissy Spacek par moments) ou de ses visions fantasmagoriques à la fac.

Hélas, on ne peut pas en dire autant pour ce qui est des scènes dites terrifiantes où Tom Wilkinson (excellent acteur qui, malheureusement, en fait des tonnes ici) et Laura Linney (même chose) se sentent observés par une présence malfaisante. Là, Derrickson ressort le bon vieux coup de la porte qui grince et du vent qui bruisse. Ces situations, certes grotesques, ne sont rien en comparaison de la dernière demi-heure de film. A partir de ce moment, …Emily Rose devient un objet de son temps, un témoignage sociologique inquiétant
Car Derrickson n’est pas franc du collier quand, d’un côté, il veut rassurer sur la liberté de croyance en essayant l’approche factuelle, et de l’autre, il ouvre son film sur le titre « Basée sur une histoire vraie ». De la même manière, il suffit de voir les scènes de procès pour rapidement comprendre que les dés sont pipés : Derrickson cherche la confrontation des points de vues à la Rashomon mais l’ensemble des témoignages ne fait qu’accréditer la thèse « démoniaque » et rien, absolument rien, ne la contredit. …Emily Rose suggère une alliance improbable entre un post relativisme moderne et une foi religieuse absolue contre la tyrannie du tout-scientifique, décrit ici comme étroit et dogmatique. …Emily Rose frôle même le nauséeux de très près avec la séquence onirique de la Vierge apparue à Emily, lui proposant de l’emmener au paradis immédiatement… proposition que la jeune femme refuse pour choisir la voie du martyr et de la Sainteté afin de prouver que Dieu existe. Face à un message aussi moyenâgeux, face à Scott Derrickson tentant de légitimer le Diable en le plaçant dans le box des accusés, nous disons objection ! Motif ? Stupidité, votre honneur !
J.F. 

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