sommaire cinéma
@ chroniques de films
articles

Inscrivez-vous à la newsletter PurJus

chroniques cinéma


Shanghai Dreams de Wang Xiaoshuai
Avec : Gao Yuanyuan, Li Bing, Anlian Yao, Wang Xueyang, Qin Hao

Le Village des damnés

Point de départ de ce mélo magnifique, un aspect méconnu de l’histoire chinoise. Pendant la Révolution Culturelle, les autorités déplacent des centaines d’usines à l’intérieur du pays pour prévenir un éventuel conflit avec l’URSS. Des milliers d’ouvriers quittent ainsi les faubourgs de Shanghaï, contraints de s’exiler dans des zones rurales pour former une troisième ligne de défense.

Le film de Wang Xiaoshuai débute quinze ans plus tard. Alors que les ouvriers cherchent désespéremment à quitter cette terre éloignée de tout, leurs enfants n’aspirent qu’à rester dans cette campagne où ils ont toujours vécu. Entre les deux générations, le fossé s’est irrémédiablement creusé et cette incompréhension réciproque constitue le cœur du film. Abrutis par le travail, les parents sont soumis au bon vouloir du parti et dans un réflexe de classe, ils interdisent à leurs enfants de fréquenter les paysans locaux. Ainsi le père de Qing Hong s’oppose catégoriquement à l’idylle de sa fille avec un jeune ouvrier originaire de la région. Elle doit au contraire se focaliser sur ses études afin de pouvoir retourner vivre en ville.

Mais les jeunes ont déjà perdu toutes leurs illusions, privés de liberté par un régime autoritaire qui n’hésite pas à faire la chasse aux pantalons pattes d’élephants. Surtout, le conflit générationnel révèle à quel point l’égalitarisme imposé par le haut produit d’innombrables effets pervers, exaltant paradoxalement l’individualisme, ce qui préfigure en un sens les films de la VIème génération. Car Wang Xiaoshuai dénonce des maux qui rongent toujours la Chine contemporaine. On est d’ailleurs souvent surpris par l’espace accordé à ce film officiel.

Mais Shanghaï Dreams se joue sur deux niveaux, politique et sentimental. La mise en scène sobre multiplie les longs plans séquences pour mieux recueillir toute le désespoir des personnages et alors que la famille de Qing Hong retrouve un semblant de liberté dans la clandestinité, les balles résonnent dans la vallée pour faire entendre une dernière fois la détresse de milliers de vies brisées.
J.H.D. 

< autres chroniques



Copyright 2000-2017 PurJus.net - <redac [AT] purjus [POINT] net> [*]
([*] veuillez supprimer les espaces pour former l'adresse mail réelle, merci -
ceci est fait pour lutter contre les collecteurs automatiques d'emails -
anti-spam)