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Le Caïman de Nanni Moretti
Avec : Nanni Moretti, Silvio Orlando, Margherita Buy, Danielle Rampelo, Michele Placido, Giacomo Passarelli, Jasmine Trinca

Bas les maques

Il y a quelque chose de singulier, de troublant mais aussi d’extrêmement familier dans le Caïman : quelque chose qui nous ressemble. Bien sûr, la figure de Silvio Berlusconi tient une place prépondérante mais le film de Nanni Moretti doit composer avec deux problèmes majeurs : comment représenter le politicien arriviste ? Pourquoi en faire le sujet d’un film alors qu’il a déjà gagné comme l’avoue le personnage joué par le cinéaste ? Pour l’auteur de Journal intime, il s’agit de désamorcer les éventuelles critiques de ceux qui se seront déjà fait une idée du film avant de l’avoir vu. Car Nanni Moretti ne signe pas le tract annoncé mais une œuvre bien plus intelligente.

L’intrigue gravite autour d’un certain Bruno Bonomo, producteur de série B sur le retour. Ruiné par son dernier film Cataractes, il essaie de monter une évocation historique de la vie de Christophe Colomb mais peine à réunir les moyens nécessaires. A l’issue de la projection de l’un de ses films, il reçoit un étrange scénario proposé par une jeune cinéaste. Bruno est bien le seul à ne pas comprendre la portée de ce script ravageur qui dénonce le système Berlusconi même si après une longue réflexion, il décide pourtant de monter le projet…

Si Nanni Moretti n’est pas le premier à utiliser la figure du film dans le film, sa manière de jouer avec différents niveaux d’intrigue sidère. Le Caïman retrace ainsi l’histoire récente de l‘Italie et de son cinéma à travers de nombreux genres, comédie, film d’horreur, policier, chronique social. Il convoque également Fellini pour ce plan extravagant où Bruno suit une réplique du bateau de Christophe Colomb à travers les rues de Rome. De nombreux amis du cinéaste (Paolo Sorrentino, Michele Placido.) apparaissent également comme autant de clins d’œil malicieux tout en servant une réflexion passionnante sur le cinéma, en particulier tout ce qui concerne l’image du politicien à l’écran. Il porte ici différents visages jusqu’au final terrifiant qui n’est pas sans rappeler les films de Fritz Lang avec le Docteur Mabuse. L’absence de sens critique a fini par porter un dangereux affairiste dénué de scrupules. On ne rit plus.

Le film avait pourtant débuté avec une scène délirante extraite du fameux Cataractes produit par Bonomo. C’est bien une fois de plus de Citizen B qu’il est question jusque dans ce titre, d’une altération de la transparence de l’œil qui gêne la vision et le fonctionnement de la démocratie, manière directe de montrer par une richesse thématique que ne saurait se satisfaire d’une seule vision, la puissance de ce cinéma d’auteur complexe à la fois populaire et politique.
J.H.D. 

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