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Glamorama de Bret Easton Ellis par S.L.., 10-18
 

Glamorama est le dernier roman publié par Bret Easton Ellis, en 1998. C’est aussi le plus (injustement) critiqué, et sans doute le plus complexe. Ellis, sous prétexte de nous décrire le monde de la mode, nous parle des apparences et des différentes images données par l’homme.

Glamorama traite de la perception humaine de l’autre : c’est-à-dire aussi de notre perception de nous–même. On retrouve des personnages des Lois de l’attraction, de l’université de Camden : Victor Ward, le jeune mannequin drogué, dont était folle amoureuse Lauren Hynde. Les deux se retrouvent ici. Lauren a beaucoup changé, elle est maintenant connue, riche et blasée. Elle a perdu toutes ses illusions. Victor, lui, n’a absolument pas évolué. Il est top model. Il est de toutes les fêtes.

Le héros de Glamorama est égocentrique et superficiel. Il n’est pas non plus très intelligent, et vit dans un monde absurde, une sphère où se mêlent musiques, drogues, défilés, V.I.P., jolies femmes et vagues amis.

Brusquement, il se retrouve contraint de partir pour l’Europe, à la recherche de Jamie Fields, une ancienne de Camden, devenue actrice, et qui a disparu. Manipulé, perturbé, il se retrouve mêlé à des activités terroristes. Victor narre ces événements violents et sanguinaires comme s’ils faisaient partie d’un film dont il serait le héros. Pourtant, le lecteur sent que Victor ne maîtrise rien, et là le doute s’installe. Victor serait-il une victime, qui souffre de sa situation et qui s’invente un scénario, pendant d’une insoutenable réalité ?

Victor donne aux autres une image de lui ambiguë. Sa conception de la vie l’est aussi. Victor ne distingue plus le vrai du faux, la politique de la mode, le sang du sexe. Et c’est ce qui fait son malheur, sa déchéance.

Glamorama est un tourbillon fascinant. Tout se passe très vite, souvent violemment, souvent sans aucune raison. Le roman laisse une part d’incompréhension chez le lecteur, très vite dépassé par cette synthèse de tous les thèmes de prédilection d’Ellis. Mais ici, l’auteur d’American Psycho introduit une nouvelle notion : la mode est-elle devenue, à force de dictatures de l’image, terroriste ? Réponse de l’intéressé : « Dans Glamorama, la violence est une métaphore de la gloire. Elle est intimement liée à la gloire, dans la mesure où la gloire n'est qu'une chimère, elle n'existe pas. Tout ce qu'on nous montre dans les médias, à la télé, dans les magazines n'existe pas, ce ne sont que des images. Nous passons notre temps à projeter des fantasmes sur telle star de cinéma que nous ne voyons que dans des films ou dans des talk-shows. Notre société est obnubilée par des gens qui n'existent pas réellement. La question que pose mon roman est la suivante : où cela nous mènera-t-il ? À mon sens, ça nous mènera à une société brisée, une culture brisée. La violence n'est en définitive qu'une métaphore de cette brisure.»

Editions 10/18 (Domaine Etranger), 536 pages, 8.50 euros

S.L. 

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