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Rencontre avec Alice Ferney de J.H.D.
 
Salon du Livre 2004, Alice Ferney rencontre ses lecteurs sur le stand Actes Sud. Parmi eux, l'équipe de purjus. Retour sur Dans la guerre, la génèse du roman, ses inspirations et les projets de l'auteur

Purjus : La première chose que je vais vous demander, c’est de vous présenter parce que je pense que les lecteurs du site ne vous connaissent pas.

Alice Ferney : Je m’appelle pour écrire Alice Ferney. J’ai 42 ans, je suis économiste de formation, j’enseigne les sciences économiques. J’ai toujours voulu écrire et j’écris depuis 1987 et j’espère ne pas m’arrêter avant longtemps. J’ai trois enfants, je suis passionnée de sport.

P : Revenons à l’écriture à votre dernier livre Dans la Guerre. Il y a eu beaucoup de livres qui sont parus l’année dernière sur la Première Guerre Mondiale à l’occasion de la célébration du 85ème anniversaire de l’armistice. Cette année encore, ce sera le 90ème anniversaire de la guerre et on verra sur les écrans l’adaptation d’Un long dimanche de fiançailles. Est ce que le livre évoque une histoire familiale ?

A.F. : Non, ce n’était pas le déclencheur. C’est vrai que toutes les familles ont quasiment toutes des histoires familiales. Moi j’avais ça mais ce n’est pas la raison pour laquelle, j’ai écrit, en fait c’était le hasard. J’ai vu une émission sur les animaux soldats et c’est cela qui m’a donné envie. Mais après en écrivant, il y a quelque chose qui est devenu un hommage aux gens qui dans ma famille on fait cette guerre.

P : Le livre est dédicacé…

A.F. : Oui c’est vrai, le livre est dédicacé. Cette personne est décédée quand j’ai commencé mon livre. J’avais prévu de parler avec elle de la guerre, c’était un militaire de carrière et moi évidemment comme je n’avais pas effectué de service militaire, j’avais besoin de contact.

P : Vous êtes vous documentée ? Avez vous discuté avec d’anciens poilus ?

A.F. : Non j’ai seulement lu et je suis allée à Péronne, à Verdun, à Beaumont, surtout cela.

P : Au niveau de la structure du livre, on peut dire qu’il y a 2 récits, le front et l’arrière ? Est ce que vous avez écrit ces deux histoires en même temps ?

A.F. : Là, c’est vraiment au fil de la plume. J’avais envie de tout mettre aussi bien les femmes que les enfants, que les animaux, que les hommes. C’était presque l’idée de réaliser un roman total.

P : Donc le livre a été écrit dans l’ordre chronologique ?

A.F. : Oui, je n’ai rien intercalé

P : Est ce que vous avez des influences quand vous écrivez ? La partie qui se déroule à l’arrière m’a beaucoup fait penser à François Mauriac, le côté naturaliste, la belle mère implacable.

A.F. : C’est vrai que cela se passe un dans la même région. Pour mes deux romans qui se déroulent à cette époque, on m’a déjà fait la réflexion que c’était « Mauriassien ». J’aime beaucoup François Mauriac mais je ne me sens pas lui arriver à la cheville.

P : Surtout le portait de la belle mère implacable, celle qui « préfère la mort à la vie. »

A.F. : Oui mais je pense que dans cette région, des gens ont en eux cette sorte de folie là. Je prends cette comparaison pour un compliment en tout cas.

P : Dans la partie du front, il y a pour moi deux personnages importants, le chien de Jules et Brêle. Est ce que ce personnage est imaginaire ou est ce que vous vous êtes inspiré de la vie d’un soldat ?

A.F. : Non, il est complètement imaginaire, purement romanesque. Après la fin, la mutinerie, l’évasion, ça ce sont des histoires qui ont existé. C’est vrai que je ne pouvais pas parler des heures des mutineries mais j’avais quant même envie d’évoquer le fait que certains soldats avaient déserté vers 1917.

P : Par rapport au chien de Jules. Vous avez parlé de livres sur les chiens soldats. Y a t il d’autres sources ?

A.F. : Il y a un grand livre sur les animaux soldats, un livre d ‘un journaliste qui s’appelle Martin Monestier, publié aux éditions du Cherche-Midi et qui a du sortir dans les années 2000. En fait, quand vu le reportage, j’ai acheté ce livre et puis après, j’ai choisi le chien. Et puis, il y a d’autres animaux mais sinon, il n’y a pas énormément de choses. J’ai lu des livres sur les chiens dans toutes les directions. Tout ce que je trouvais. Vous savez, une fois qu’on a son sujet, tout ce qui rentre dedans, c’est comme un grand sac, on met tout ce qu’on peut.

P : Est ce que dès le départ, quand vous avez commencé à écrire le livre, il était déjà question que Jules ne revienne pas ?

A.F. : Oui. Une des choses que je trouvais très belle, c’était le fait que les animaux pouvaient mourir d’amour et donc j’avais prévu qu’il mourrait et que son chien se laisser mourir après. Ce que je n’avais pas prévu, c’était la période avec Brêle, je n’avais pas prévu qu’il ait ce décalage, qu’il rentre à la ferme.

P : Pour vous le chien meurt d’amour ?

A.F. : Le chien perd son goût de vivre avec son maître et ça je trouve que c’est très beau. Il y a plein d’histoires comme cela. Pour le coup, cela n’est pas inventé, c’est moi dans le cadre de l’histoire mais beaucoup de chiens se sont laissés mourir.

P : Est ce que dans les dernières sorties ou parutions, il y a un livre que vous avez remarqué ou qui vous a plut ?

A.F. : Dans la rentrée, en même temps que moi, j’ai beaucoup aimé le livre de Philippe Claudel, Les Ames grises, et sinon, très récemment, je suis en train de lire le livre de Richard Millet, « Ma vie parmi les ombres » parce que c’est un auteur que j’admire beaucoup. Parmi les nouveautés, j’ai lu des essais, celui de Comte Sponville sur le Capitalisme. Pour la rentrée de Janvier, j’ai offert le livre de Michel Desbordes, la robe bleue sur Camille Claudel.

P : Est ce que vous avez des projets ? Un nouveau livre qui serait déjà en préparation ?

A.F. : Et bien, j’ai un nouveau livre qui commence mais ça je n’en parle jamais. J’attends toujours que ce soit fini.

P : vous écrivez les livres les un après les autres ou parfois, il y a un temps d’arrêt ?

A.F. : Non, il y a toujours un temps d’arrêt très long.

P : Vous n’arrêtez jamais l’écriture d’un livre pour commencer l’écriture d’un autre ?

A.F. : Non simplement, entre deux livres, je met assez longtemps à commencer. Je me débarrasse du précédent. Et puis je trouve que c’est difficile parce qu’en fait quand on finit un livre, il existe vraiment, les personnages prennent vie et on y croit. L’auteur lui même y croit alors que quand on commence, il n’y a rien. Il faut faire tout cela avec du vide et par moments, on y croit pas. Donc je n’aime pas trop le début et cela me prend du temps avant que cela ne soit lancé.

Purjus : Merci

Paris, Salon du Livre, Mars 2004

Dans la Guerre, Alice Ferney, Editions Actes Sud, 482 pages, 22 euros, chronique dans notre édition de décembre 2003
 

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