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Samedi de Ian McEwan, Gallimard
 

Avant l’explosion

Le ton de Samedi tranche avec le reste de l’œuvre de Ian McEwan. Le romancier se permet même le luxe d'afficher une fois n'est pas coutume un certain optimisme. Il signe peut être avec Samedi, son roman le plus ambitieux, le plus contemporain, peut être même le plus autobiographique.

Comme Joyce dans Ulysse ou Virginia Woolf dans Mrs Dalloway, l’intrigue est resserrée sur une journée. Ian McEwan nous fait partager le quotidien d’un brillant neurochirurgien londonien, Henry Perowne, le samedi 15 mars 2003, journée historique où de nombreux manifestants convergent vers le centre de Londres pour protester contre la guerre en Irak imminente.

Retranché dans le confort matériel et et le bonheur familial, le neurochirurgien observe cette agitation de loin. Il faut dire que son programme est particulièrement chargé : partie de squash avec un collègue, visite au chevet de sa mère atteinte par la maladie d’Alzheimer, concert de blues du groupe de son fils, retrouvailles avec sa fille partie s’installer à Paris. Il espère qu’elle se réconciliera avec son grand père, un célèbre poète. Bref rien ne prédisposait Henry Perowne à se soucier du sort du peuple irakien sauf qu’on n’échappe pas à la marche du monde, cruelle expérience à laquelle le neurochirurgien sera confronté.

Sa nuit aura été de courte durée. Le neurochirurgien se réveille, témoin d’un dramatique accident d’avion. Attaque terroriste ? Rêve ? Cette vision parasite son esprit. Alors que les manifestations s’organisent, les images du 11 septembre hantent toujours les esprits. Mais c’est un banal accident de la circulation qui mettra à jour la terrible fragilité de son bonheur.

Une fois de plus, Ian McEwan surprend avec ce livre qui ne ressemble à aucun de ses précédents. On retrouve pourtant le style limpide de l’auteur, cette conduite du récit si fluide qu’elle en devient presque diabolique. Opposant sans cesse la collectivité des manifestants à l’individualité de Perowne, le romancier atteint un degré de réalisme saisissant qu’il s’agisse de décrire les relations parents-enfants ou la gêne du médecin face à la maladie de sa mère.

Retranché derrière ses certitudes, Perowne ne voit pas le coup venir. Confronté à sa fille, il doit s’avouer partisan de l’intervention militaire car il a rencontré à l’hôpital une victime du régime de Saddam Hussein. Le drame n’est pas loin, à peine masqué par le vacarme assourdissant du monde qui embrasse les personnages de ce roman virtuose.

Editiosn Gallimard (du Monde entier), 249 pages, 21 €
J.H.D. 

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