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La Chute de Albert Camus, Gallimard (Folio)
 

Heureux les juges pénitents

Loin de la chaleur de la Méditerranée, de l’éblouissement de Paris, Ville Lumière, Amsterdam donne l’image d’une cité paisible endormie sur ses canaux. Un mensonge d’or et de fumée, c’est ici que s’est établi le mystérieux narrateur de ce roman de Albert Camus. Jean Baptiste Clamence aborde un inconnu dans un bar, le Mexico-City. Sur plusieurs journées, il se livre à une étrange confession, livrant au fur et à mesure ses réflexions sur la nature humaine.

Aussi célèbre que l’Etranger et La Peste, La Chute n’en reste pas un livre extrêmement complexe de sorte que seule une seconde lecture permet à la fois d’en saisir tous les enjeux et de reconnaître le talent de l’écrivain dans la construction du récit Clamence installe rapidement une connivence avec son interlocuteur. Il commence par lui parler de la Hollande, de sa vie d’avocats à Paris. Il sait exactement où il va emmener cet inconnu accosté par hasard dans un bar. Camus aussi. L’auteur de L’Etranger nuance sa réflexion sur l’absurdité de la condition humaine. La Chute en donne une vision désespérante entre critique sociale véhémente (les faux semblants, les bien pensants…), sens du suspens et de multiples références religieuses. Ce n’est donc pas un hasard si les canaux concentriques d’Amsterdam évoquent les cercles de l’enfer.

Au fil de sa confession, Clamence évoque la possibilité de mourir sans avouer ses pêchés. Cette idée de meurtre absolu de la vérité travaille le héros de Camus. Il s’est progressivement rendu compte de sa duplicité. Du temps où il exerçait la profession d’avocat, il ne courait qu’après les honneurs. Il n’a rien pu faire pour sauver cette jeune femme qui s’est jeté dans la Seine depuis les quais de Saint Michel. Cette image le poursuit toujours et scelle son destin. Elle symbolise sa damnation, celle de l’homme moderne, incapable d’assumer ses contradictions. Le juge pénitent confesse ainsi ses fautes et renvoie tel un miroir la société à ses incohérences, métaphore d’une littérature souveraine et engagée qui file à travers ce livre, un des plus grand romans du vingtième siècle.

Editions Gallimard (Folio), 152 pages, 3.50 euros
J.H.D. 

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