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Waiting Period de Hubert Selby Jr., 10/18
 

L’Ange exterminateur

Ancien ingénieur, probable vétéran de l’armée américaine, un certain flou entoure le narrateur du dernier roman de Hubert Selby Jr. (il est mort en février 2004) à moins que derrière son anonymat se lise le portrait inquiétant d’un citoyen ordinaire rongé par les contradictions de son pays. En bout de course, cet homme que l’on devine d’un certain âge passe ses journées à songer à sa propre mort et son suicide, projet qu’il a maintes fois repoussé. Après avoir décidé de se tirer une balle dans la tête, il doit se résoudre à attendre de nouveau : un bug informatique empêche l’armurerie de lui délivrer son arme. Il utilise cette « waiting period » pour changer ses projets, déterminé désormais à débarrasser l’Amérique de ces salauds qui rendent la vie insupportable aux gens ordinaires comme lui et commence par un fonctionnaire du ministère des Anciens Combattants…

Waiting Period examine avec une lucidité glaçante le parcours chaotique d’un homme broyé par le système et résolu à le faire tomber. Ponctué de monologues torturés, le récit surprend par sa rage cinglante teintée de désespoir. Comme son héros, Hubert Selby Jr. Déteste les fast-foods, les chaînes de télévision grand-guignolesques, les Eglises et les hommes politiques, fossoyeurs de ce rêve américain, une vie qui devient de plus en pesante jusqu’à ce qu’elle vous vide de toute vie. Sauf qu’on n’en meurt pas, on végète.

Loin de l’optimisme du Saule, Hubert Selby Jr. Affiche un certain nihilisme qu’il transcende progressivement. Son héros retourne contre la société ses codes moraux et renaît littéralement, sortant révigoré de ses méfaits. L’auteur s’est probablement inspiré de ces nombreuses figures, vétérans du Vietnam oubliés ou employés au bout du rouleau sortis de l’anonymat au travers de faits divers sanglants. En évoquant dès l’an 2000, des empoisonnements alimentaires qui préfigurent les attaques à l’anthrax ou les errements de la politique américaine au Moyen Orient, il fait même preuve d’un certain talent de visionnaire qu’on aimerait voir contredit dans les faits. C’est raté mais cela ne nous empêchera pas de saluer une dernière fois le travail de ce grand écrivain.

Editions 10/18, 248 pages, 7.80 euros
J.H.D. 

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