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Rencontre avec Emmanuel Carrère de J.H.D.
 

Salon du Livre 2007. Emmanuel Carrère nous reçoit sur le stand P.O.L. pour quelques minutes, l'occasion de parler de son oeuvre, de sa vie et de ses projets

Purjus : Je vous remercie Emmanuel Carrère de nous accorder cet entretien. Première question rituelle, je vais vous demander de vous présenter pour nos lecteurs qui éventuellement ne vous connaîtraient pas encore.

Emmanuel Carrère : Je suis auteur de livres et occasionnellement de films. Le dernier film que j’ai fait s’appelait La Moustache d’après un livre que j’avais d’ailleurs écrit. Le dernier livre que j’ai écrit s’appelle Un roman russe.

Purjus : A propos de ce livre, Un roman russe, vous écrivez en 4ème de couverture : La folie et l’horreur ont obsédé ma vie. Les livres que j’ai écrits ne parlent de rien d’autre. Après L’Adversaire, je n’en pouvais plus. J’ai voulu y échapper. Pourtant, vous vous êtes remis à écrire sur ce thème, la folie. Qu’est ce qui vous a finalement fait revenir sur ce sujet ?

Emmanuel Carrère : Les circonstances. En fait, ce livre raconte plein de choses qui se sont passés de fil en aiguille. C’est un livre qui ne s’est pas du tout fait en sachant où j’allais. C’est un livre qui s’est fait en partant à l’aventure.

Purjus : Qu’est ce qui s'est fait en premier ? Le film Retour à Kotelnitch ou l’écriture de ce livre ?

Emmanuel Carrère : Le film

Purjus : Comment avez vous pris connaissance de cette anecdote, cette histoire de prisonnier hongrois détenu en Russie ?

Emmanuel Carrère : Je voulais refaire des reportages à ce moment là. J’avais demandé à plusieurs amis journalistes. Il y en a un qui a vu cette dépêche d’agence sur le sujet et qui m’a dit : "Ecoute, ça pourrait t’intéresser et effectivement, ça m’intéressait."

Purjus : Etes vous partis tout de suite ? Avez vous pensé à votre histoire familiale ?

Emmanuel Carrère : Pas du tout. Je trouvais juste que c’était un sujet intéressant. Je partais juste faire un reportage pour un magazine.

Purjus : A partir de quel moment, votre histoire familiale est-elle revenue à la surface ? Elle apparaît au fur et à mesure dans le film. Elle s’est superposé à ce voyage en Russie à partir de quel moment ?

Emmanuel Carrère : Je pense au retour de ce premier voyage, sans doute en faisant le montage de ce reportage où j’ai tout à coup vu une espèce de correspondance entre le destin tragique de ce malheureux hongrois et celui tragique aussi de mon grand père qui a disparu mais qui lui n’est pas revenu contrairement au hongrois.

Purjus : Qu’est ce que vous avez retenu de plus marquant de ces différents voyages à Kotelnitch ?

Emmanuel Carrère : Ce qui a été le plus marquant, à vrai dire malheureusement, ça a été l’assassinat d’une jeune femme que je connaissais bien là bas, qui nous avait tenu lieu d’interprète et qui était assez proche.

Purjus : Est ce qu’à l’heure actuelle, on sait ce qui s’est passé ou bien y-a-t-il toujour un doute sur les circonstances de sa mort ?

Emmanuel Carrère : Non, on sait en gros ce qui s’et passé, elle a été tuée par un fou. C’est totalement un crime de fou, elle a été découpée à la hache avec son bébé.

Purjus : Revenons au livre Un roman russe. Est ce que vous n’avez pas trouvé un petit peu risqué de vous exposer, de vous mettre à nu ? Car vous êtes quant même plus exposé dans ce livre que dans vos précédents romans comme L’Adversaire ou La Moustache ? Comment ont réagi vos proche ? Votre mère ? Votre ex-compagne Sophie ?

Emmanuel Carrère : Sur leurs réactions, je ne vais pas m’étendre. Cela reste du registre de la vie privée. Que moi, j’en ai mesuré le risque, oui bien sûr et je l’ai pris.

Purjus : Un élément qui m’a beaucoup frappé dans le livre, plus que dans les précédents, c’est que l’on sent qu’il y a une réflexivité entre votre œuvre et votre vie. L’élément qui m’a le plus troublé, c’est la bague de Jean Claude Romand que vous offrez à votre compagne et qui scelle votre rupture. Il y a également cette histoire de prisonnier hongrois qui se rapproche de votre famille. A un moment vous évoquez cet ennemi ricanant qui m’a fortement rappelé le personnage de La Moustache. Est ce que vous aviez conscience qu’en écrivant ce livre, votre vie pourrait se refléter en miroir de vos précédents romans et vice-versa ?

Emmanuel Carrère : Oui un peu. J’en ai pris conscience progressivement et d’ailleurs j’indique dans le livre certaines de ces correspondances.

Purjus : A l’époque de L’Adversaire, vous parliez de la sortie de La Classe de Neige, vous évoquiez déjà votre volonté d’arrêter ces histoires de folie et d’enfermement. Vous le répétez encore ici…

Emmanuel Carrère : On verra ce qui se passera la prochaine fois ! Je n’en ai aucune idée.

Purjus : Autre élément qui m’a surpris et à vrai dire beaucoup touché dans le livre, la conclusion et l’image que vous avez gardée de votre mère à la piscine. S’est elle imposée tout naturellement ?

Emmanuel Carrère : Oui tout à fait en écrivant la fin du livre qui s’est écrite très vite.

Purjus : 2 dernières questions. Par rapport à l’actualité culturelle récente, est ce qu’il y a des livres ou des films qui vous ont marqué ? Peu de lecteurs savent que vous étiez avant critique de cinéma.

Emmanuel Carrère : Il y a un film que j’ai beaucoup aimé récemment mais je n’en vois pas énormément. C’est Les Climats de Nure Bilge Ceylan. J’ai beaucoup aimé ce film.

Purjus : Vous avez vu le précédent Uzak ?

Emmanuel Carrère : Oui mais j’ai préféré celui là.

Purjus : La manière dont il envisage ses personnages masculins est assez proche quelque part des hommes que vous avez mis en scène dans vos livres.

Emmanuel Carrère : C’est possible, je n’y avais pas pensé. J’ai été très frappé par la puissance de la mise en scène, je trouve cela extraordinaire. C’est vraiment un très grand artiste.

Purjus : Pour ma part, j’ai surtout retenu du film, la violence que pouvait inspirer ce personnage masculin à sa femme et quelque part son esprit possessif.

Emmanuel Carrère : c’est vrai

Purjus : Enfin, dernière question, est ce que vous avez des projets de films, de livres, d’adaptations au cinéma de vos anciens romans ?

Emmanuel Carrère : Aucun pour le moment, ça viendra quand ça viendra.

Purjus : Merci.

Paris, Salon du Livre, Mars 2007

Retrouvez Emmanuel Carrère sur sur www.purjus.net:

- Un roman russe, Editions P.O.L., 356 pages, 19.50 euros, (chronique dans notre édition de juin 2007)

- L'Adversaire, Editions Gallimard (Folio), 219 pages, 5.10 euros, (chronique dans notre édition de juin 2007)

- La Moustache, Editions Gallimard (Folio), 182 pages, 5.10 euros, (chronique dans notre édition de juin 2007)

- La Classe de neige, Editions Gallimard (Folio), 147 pages, 5.10 euros, (chronique dans notre édition de juin 2007)

J.H.D. 

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