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Semper Augustus de Olivier Bleys, Gallimard
 

Les Fleurs du Mal

Pays-bas, 1630. Cornelis van Deruick, un drapier désargenté embarque pour les colonies hollandaises d’Amérique du sud. Il laisse l’affaire familiale à ses quatre enfants et leur assure le soutien de Paulus van Bereysten, régent de la ville, autorité morale redoutée de tous. A ses côtés, l’aîné de la famille Wilhem découvre le commerce des fleurs, en particulier la vente de bulbes de tulipes. A cette époque, une véritable fièvre spéculative s’empare des hollandais et certains bulbes de tulipes peuvent se négocier à des prix vertigineux. Certains disent qu’au marché des tulipes, on voit plus de papier que d’oignons… L’engouement pour les fleures ne se dément pas. Les bulbes s’échangent, on peut même acheter le produit de récoltes à venir. Wilhem apprend patiemment le métier, inconscient de la menace qui pèse sur les siens…

Si Olivier Bleys a situé presque tous ces romans en des temps reculés de l’Histoire, c’est paradoxalement pour mieux parler des dérives de notre époque. Après l’éclatement de la bulle Internet et la consolidation qui s’en suivit, les marchés financiers semblent de nouveau gagnés par la frénésie. In fine, Olivier Bleys s’interroge sur la morale du Capitalisme. Jusqu’où peut-on aller pour faire fortune ? Issu d’un milieu modeste, Wilhem et les siens essaient surtout de quitter leur condition de drapier quitte à arranger le mariage d’une des sœurs avec Eliasar, le fils van Bereysten, un rustre bigot et avare de ses sous.

Tel le Diable, son père le régent Paulus intrigue en secret à la perte des enfants de celui qui lui a pourtant sauvé la vie au cours d’une campagne militaire. Pour s’emparer de leurs maigres richesses, il n’hésitera pas un instant à employer tous les moyens. Wilhem est la proie idéale que le régent peut corrompre sans trop de difficultés, facilement influençable parce qu’il n’accepte pas sa condition. Dans la plus belle scène du livre, le jeune homme envoyé quérir un bulbe inestimable conseille à un modeste corroyeur qui a gagé tous ses biens d’abandonner le commerce des tulipes pendant qu’il en est encore temps. Il prend ainsi conscience de sa misérable condition, encore un peu plus aggravée auprès du régent. Sans espoir, Wilhem et les siens ne peuvent constater qu’ils ne pourront jamais renverser l’ordre établi. Les provinces de Hollande perpétuent un ancien régime où la naissance est tout. Ne reste plus qu’une solution, la fuite vers le Nouveau Monde et une conclusion aussi tragique qu’inattendue.

Editions Gallimard, 335 pages, 19.50 euros
J.H.D. 

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