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A l'abri de rien de Olivier Adam, Editions de l'Olivier
 

Exilés

Les mauvaises langues reprochent déjà à Olivier Adam son angélisme et ses bonnes intentions mais qui s’intéresse encore aux classes populaires aujourd’hui ? Les pauvres intéressent peu les écrivains, encore moins les auteurs français. Surtout, depuis la fermeture de Sangatte, îlot visible du paysage médiatique, le problème des sans papiers ne se pose plus. Olivier Adam prouve le contraire mais son livre va plus loin, le réfugié renvoyant ici chaque personnage à sa propre misère, à sa vie qui lui échappe totalement.

A dix sept ans, Marie était insouciante. Elle se souvient des virées entre potes, des soirées, des joints, des garçons à l’arrière des voitures. Aujourd’hui, au chômage, elle se démène comme elle peut pour élever avec son mari ses deux enfants et rembourser l’emprunt de leur maison. Sa vie change le jour où elle croise des sans papiers. Marie rencontre Isabelle, une femme meurtrie qui a décidé, à la mort de son mari, de consacrer sa vie à porter secours aux réfugiés. A ses côtés, Marie délaisse progressivement les siens et s’abandonne presque à aider des sans papiers pourchassés par la police.

Olivier Adam excelle à rendre le désarroi de ces hommes et femmes pris au piège d’une existence sans réelles perspectives. Les enseignes et la publicité envahissent le paysage, sur le pas des portes ou presque. Des monceaux de trucs que je n’aurais jamais les moyens de me payer, ni personne ici d’ailleurs. Marie ne croise que des morts vivants au supermarché et les amies de son adolescence, véritables fleurs fanées ont perdu leur assurance. Pourquoi la vie nous abîme-t-elle à ce point ? Le cri résonne à travers tout le roman.

Les habitants, les voisins ne comprennent pas le dévouement de Marie. Ils ne supportent pas qu’on puisse venir en aide aux sans papiers alors que personne ne viendra les aider. Marie s’isole progressivement dans une sorte d’exil mental, allant même jusqu’à devenir une étrangère aux yeux de ses propres enfants. Mais la communauté des sans papiers ne peut guère la protéger. Les policiers harcèlent les réfugiés, l’administration chasse les clandestins.

Olivier Adam évite tout manichéisme en ne nommant pas l’un des policiers. La police apparaît certes comme une menace diffuse et brutale mais obéissant à des directives théorisées par un Ministre de l’Intérieur dont le nom ne sera pas mentionné. Malgré quelques passages trop chargés (au tribunal ou dans le hangar où s’entassent les invisibles), Olivier Adam parvient à donner une cruelle réalité à cette France que nous refusons de voir et signe un roman âpre, réaliste mais surtout plus que nécessaire.

Editions de l'Olivier, 218 pages, 18 euros
J.H.D. 

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