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Dora Bruder de Patrick Modiano, Gallimard
 

La petite fugueuse

Cette fois, il ne sera pas trop compliqué de reconnaître le narrateur du roman. Patrick Modiano écrit à visage découvert et nous parle d’une histoire qui lui est chère. Tout commence par un avis de recherche daté de 1941 mais qui a attiré son attention plus de cinquante ans après.

Dora Bruder, fille d’immigrés d’Europe de l’est venus tenter leur chance en France dans les années 20, a disparu. Elle n’est pas réapparue à l’institution religieuse où ses parents l’avaient inscrite. Son père prévient la police sans résultat. De longs mois s’écoulent avant que l’adolescente revienne s’installer chez sa mère. Pourquoi ? Comment a-t-elle vécu pendant cette période ? Ces questions obsèdent Modiano peut être parce qu’elle le ramène à sa propre expérience, lui qui au sortir de l’adolescence a également fui ses parents.

A rebours de la plupart de ses livres, Dora Bruder laisse peu de place au mystère. Le roman explicite même certains aspects de l’œuvre de Modiano. Voyage de noces s’inspire en partie de l’histoire de Dora Bruder, notamment dans la composition du personnage d’Ingrid. Un Pedigree précisera quelques années plus tard certaines anecdotes livrées ici au compte-gouttes par un auteur sur ses gardes.

Car dans Dora Bruder, Patrick Modiano donne corps à ses angoisses, aux heures sombres de l’Occupation qui continuent de le hanter. L’auteur ne parvient à reconstituer la trajectoire de Dora qu’à partir de fiches de police. Ces notes anodines serviront plus tard à arrêter puis à déporter des milliers de Juifs étrangers comme français. Pour la plupart, ces hommes n’ont pas laissé d’autres traces, des adresses avant de partir pour une destination inconnue.

Le livre distille un certain malaise comme si la magie n’opérait plus, comme si par l’écriture, l’auteur ne parvenait plus à exorciser ses angoisses. Patrick Modiano décrit le quotidien des camps de prisonniers français, l’horreur des fouilles et livre quelques anecdotes sur ces oubliés de l’Histoire, écrivains ou parfaits inconnus disparus dans la nuit de la guerre. Dora Bruder est morte avec ses secrets mais son ombre plane toujours sur les quartiers où elle a vécu, quelque part dans le nord de Paris au début des années 40. Il suffit de fermer les yeux, de se laisser porter, la magie opère de nouveau…

Editions Gallimard (Folio), 144 pages, 5.30 euros
J.H.D. 

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