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Extension du domaine de la lutte de Michel Houellebecq, J'ai Lu
 

L’Etre dans le néant

Tout commence par une banale soirée organisée entre collègues. Ambiance agréable jusqu’à ce qu’une invitée se déshabille quelques instants avant de se rhabiller en silence. Tous les convives l’ont remarquée mais il ne se passe rien d’autre ce soir car cette jeune femme ne couche jamais

Quant paraît Extension du domaine de la lutte en 1994, le sexe commence à se banaliser dans la société française. Le sida ne fait plus peur, le cinéma pornographique s’affiche sur Canal+. De nouveaux comportements apparaissent accompagnés d’un nouveau sentiment de frustration qui constitue le cœur du livre. Michel Houellebecq suit le quotidien désincarné d’un informaticien dépressif. Il part en province le temps d’installer un progiciel destiné aux annexes du ministère de l’agriculture, une mission au cours de laquelle, il rencontre un collègue déprimé par son incapacité à séduire la moindre femme. De multiples occasions se présentent faussement à eux : ils n’ont pas l’âge, pas l’argent, la beauté ou tout simplement l’envie de passer à l’acte…

Michel Houellebecq décrit une société en plaine déshumanisation. Un homme peut mourir dans l’indifférence générale aux Galeries Lafayette pendant que le héros passe d’un cinéma porno à l’autre avec toujours la même misère sexuelle. Les mutations de la société s’accompagnent d’une incroyable frustration dont le personnage de Tisserand est l’incarnation la plus manifeste. Plutôt bien installé socialement mais désespérément laid, il ne peut séduire aucune femme.

A partir des observations de son héros, Michel Houellebecq développe ainsi une incroyable théorie sur le système sexuel libéral qui n’est que la transposition du modèle libéral économique au niveau du sexe. De la même manière qu’on observe une différenciation entre riches et pauvres, il existe une barrière invisible entre ceux qui arrivent à coucher avec différent(e)s partenaires et ceux qui réduits à la solitude n’ont plus d’autre alternative que la masturbation. Une nouvelle loi de marché se met ainsi en place avec lot cortège d’inégalités et de frustrations.

Confrontés à cette terrible réalité, les personnages de Michel Houellebecq doivent regarder les choses en face :ils sont condamnés à errer sans but dans ce monde cruel qui ressemble au nôtre, un monde où le sexe s’affiche partout mais où l’amour et le désir sont en voie de disparition.

Editions J'ai lu, 155 pages, 3.70 euros

J.H.D. 

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