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Histoire d'une vie de Aharon Appelfeld, Seuil
 

D'une langue à l'autre

Comment devient-on une grande figure de la littérature israélienne contemporaine ? Le récit autobiographique d’Aharon Appelfeld pose la question en des termes assez crus à la vue du parcours chaotique que l’écrivain. Enfant, il parlait plusieurs langues dont l’allemand, le russe le yiddish et un peu de ruthène mais pas l’hébreu qui s’est imposé à lui au fur et à mesure que l’adolescent meurtri par la guerre se reconstruisait quelque part en Palestine. ..

Aharon Appelfeld commence par évoquer les premières années de sa vie, une enfance dont il ne lui reste que quelques souvenirs heureux : l’amour de ses parents, les visites chez ses grands parents très pieux, ses premiers contacts avec la religion. Puis vient la guerre, la mort de sa mère, le ghetto, puis la mort du père et l’évasion d’un camp ukrainien. Livré à lui-même, Appelfeld âgé d’une dizaine d’années survit tant bien que mal dans les forêts, aidé par des villageois dont il doit sans cesse se méfier. Au sortir de la guerre, l’adolescent rescapé n’a plus sa place dans une Europe centrale en ruine. Commence alors un autre voyage qui le mènera d’un camp de réfugiés à l’autre jusqu’à la Palestine en passant par les rivages de l’Italie.

L’écriture poignante et parcellaire d’Aharon Appelfeld s’efforce de préserver de l’oubli ce qu’il reste d’une vie brisée par la guerre : quelques épisodes d’un bonheur disparu et surtout une identité à reconstruire. Au choc de l’exil vient s’ajouter celui de la langue, l’hébreu langue éternelle venant chasser la langue maternelle. Aharon Appelfeld vit alors replié sur lui-même et connaît quelques déceptions comme sa non incorporation dans une unité combattante de l’armée. L’apprentissage progressif de l’hébreu et la découverte de la littérature israélienne au contact de ses grands maîtres lui permettront cependant de dépasser sa condition d’exilé et d’accepter son destin. Il m’apparut clairement que le monde que j’avais laissé derrière moi – les parents, la maison, la rue, la ville – était vivant et présent en moi et tout ce qui m’arrivait ou m’arriverait à l’avenir était relié au monde qui m’avait engendré. Dès lors que cela m’apparut, je n’étais plus un orphelin qui traînait sa condition mais un homme qui avait prise sur le monde. Histoire d’une vie ne raconte que cela : la renaissance d’un enfant exilé mais surtout la naissance d’un grand écrivain

Editions du Seuil (Points), 213 pages, 6 euros
J.H.D. 

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