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L'Homme qui tombe de Don DeLillo, Actes Sud
 

Chroniques de l’âge de la terreur

11 Septembre 2001. New-York se réveille dans le chaos. Les tours du World Trade Center s’effondrent, les rues se recouvrent de cendres, une odeur de mort se propage dans l’air et assombrit le ciel. Une nouvelle ère commence avec ses incertitudes et les nombreuses blessures que le temps ne parvient pas effacer.

Don DeLillo décrit avant tout le morcellement d’un monde dont les contours ont disparu dans les décombres du World Trade Center. Un voile semblable aux nuages de cendres recouvre toute chose, tout sentiment. Le monde d’avant se caractérisait par sa simplicité, son absence d’ambiguïté. Keith et Lianne ne s’aimaient plus, il leur suffisait de se séparer à l’amiable. Il y avait les terroristes lointains et nous. Ils sont venus frapper ici et surtout certains d’entre nous ont par le passé utiliser des moyens similaires pour imposer leurs idées par la terreur.

Don DeLillo ne suit qu’une poignée d’hommes et de femmes mais la caractérisation très précise de ses personnages donne au roman un impact considérable. Le monde se dérobe et le récit se déroule sur un mode défectif, dans un ordre vaguement chronologique avec quelques trous : trauma de Keith qui ira finir ses jours dans le désert autour d’une table de jeu, trauma de Lianne marquée à jamais par le suicide de son père atteint de la maladie d’Alzheimer , trauma des enfants qui scrutent le ciel à la recherche d’autres avions. Les images du 11 septembre parasitent le quotidien et se superposent à l’inconscient collectif d’où l’effroi de la foule quand surgit de nulle part l’Homme qui tombe. Accroché par un simple harnais aux bâtiments de la ville, cet étrange artiste de rue mime la chute d’un homme d’affaire en reproduisant l’image la plus terrible de la tragédie. Ses motivations restent floues, le sens de sa performance, entre chute ou envol, ambigu. De toute façon, les personnages ne sont plus capables de saisir la réalité de ce qu’ils voient. La cascade du casino en fournit la preuve criante

La construction savante de ce roman cérébral n’épargne personne. Au plus profond des blessures de ses personnages, Don DeLillo s’autorise à pénétrer l’inconscient des terroristes. En quelques épisodes, il relate la préparation des attentats, leur foi inébranlable tout comme leur haine implacable de l’Amérique. Son écriture nous fait littéralement revivre la catastrophe de l’intérieur avec ses images subliminales de destruction de notre inconscient collectif. Seule certitude, notre monde libre et prospère n’offre plus aucune sécurité. Chef d’œuvre.

Editions Actes Sud, 297 pages, 22 euros
J.H.D. 

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