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Vertigo: réinventer le Comic Book de J.H.D.
 

Réinventer le Comic Book

Quand DC Comics lance Vertigo en 1993, la célèbre maison, responsable de d’édition de Batman ou Superman ne se doute pas que quinze ans plus tard, cette petite filiale s’imposera comme l’une des figures majeures de l’industrie du comics de par les auteurs qu’elle aura révélés mais également par l’esprit Vertigo, une liberté de ton et une originalité sans pareil dans un univers traditionnellement dominé par les super héros.

La création de Vertigo répondait pourtant à des enjeux économiques. DC Comics ne savait plus vraiment comment assurer la promotion de certains de ses titres comme Sandman ou Hellblazer dont l’univers et les anti-héros trop singuliers ne collaient plus aux standards de la marque. En regroupant toute une partie de son catalogue sous une nouvelle marque, DC Comics pouvait en plus étendre son audience en ciblant un public plus adulte.

Vertigo voit donc le jour en 1993. Karen Berger assure l’édition des principaux titres (Sandman, Doom Patrol, Hellblazer, Swamp Thing…): juste retour des choses dans la mesure où c’est elle qui a fait venir à DC certains de ces auteurs comme Neil Gaiman ou Peter Milligan. Vertigo imprime sa marque très vite (avec le fameux avertissement suggested for mature readers/réservé à un public averti sur toutes les couvertures) et des titres comme Sandman assurent au label une reconnaissance publique et critique immédiate.

Cette série crée par Neil Gaiman met en scène Morpheus, la personnification du rêve. Après 70 années de captivité, il retrouve sa liberté et part à la reconquête de son royaume, une quête qui l’amènera à rencontrer d’autres personnages intemporels incarnations surnaturelles de sentiments humains comme le désespoir, le désir ou la mort. Une œuvre étonnamment adulte par ses thèmes (culpabilité, mort, désir, frontière entre rêve et réalité…) et la synthèse de différentes croyances dans laquelle Norman Mailer voyait un comic book pour intellectuels.

Vertigo publie à la fois des séries régulières mais également des spin offs, des mini séries de quelques numéros comme la série Death qui se distingue par son univers gothique mais extrêmement poétique. Beaucoup de titres s’inspirent cependant du film noir et se construisent autour d’un argument fantastique. Swamp Thing met ainsi en scène Alec Holland un scientifique transformé en créature végétale tandis que Hellblazer impose la figure de John Constantine, détective spécialisé dans les sciences occultes. Relecture d’un comic des années 30, The Sandman Mystery Theatre créé par Matt Wagner et Guy Davis, constitue un chef d’œuvre du genre où l’univers hérité de Neil Gaiman se conjugue à une peinture sociale sans concession de l’Amérique d’avant guerre.

A la même époque débutent dans Preacher, les aventures du révérend Jesse Custer, un homme d’Eglise qui a progressivement perdu la foi. Dans la pays où la religion possède toujours une grande influence (on le constate à chaque élection présidentielle), il fallait oser un tel personnage. Peuplé de personnages incroyables (Cassidy le vampire trash, Arseface, le policier le plus malchanceux du monde…), Preacher explose les limites du bon goût avec un réel brio : c’est à la fois drôle et violent, rondement bien mené et surtout définitivement inclassable ! Dans le même genre mais en moins trash, Fables se pose comme la relecture des grands contes de notre enfance transposée dans une société contemporaine. Drôle et inventif, la série jouit progressivement d’un engouement du public sans pareil.

Au fil des années, Vertigo a également permis l’émergence de nouveaux talents tel Brian Azzarello. Sa série 100 Bullets réinvente les codes du polar avec une maîtrise saisissante : le mystérieux agent Grave propose à des inconnus incrédules l’occasion de se faire justice eux-mêmes mais sont ils vraiment conscients du prix à payer ? Qui manipule qui ? Dans quel but ? Dans un tout autre genre, Y the Last Man crée par Brian K. Vaughan raconte les aventures de Yorick Brown et de son singe Ampersand, seuls survivants d’une effroyable épidémie responsable de la disparition de toute créature porteuse d’un chromosome Y. Devenu un trésor d’une valeur inestimable, le jeune homme sillonne une Amérique fantomatique à la recherche d’un antidote mais également d’une explication à sa survie miraculeuse.

Plus récemment, Vertigo a accueilli Harvey Pekar, l’auteur d’American Splendor pour de nouvelles chroniques. L’auteur en a profité pour livrer The Quitter où il raconte sans emphase ses années de jeunesse dans un quartier de Cleveland. Aidé par le dessin de Dean Haspiel, The Quitter réalise la synthèse parfaite en bande dessinée et autobiographie. D’année en année, le comic book gagne en maturité et affiche désormais de nouvelles ambitions, narratives comme figuratives. En quinze ans d’existence, Vertigo a participé à cette évolution et posé les bases d’un renouveau d’une bande dessinée en phase avec un public toujours plus exigent et plus adulte. Un public qui demande au comic book de le divertir mais également de l’amener à s’interroger sur le monde dans lequel il vit, une exigence à laquelle Vertigo répond sans relâche depuis de nombreuses années.

Rappel : les autres titres Vertigo chroniqués sur www.purjus.net

- DMZ de Brian Wood et Ricardo Burchielli (octobre 2006)

- Fables : Legends in Exile de Bill Willingham et Lan Medina (février 2004)

- 100 Bullets de Brian Azzarello et Eduardo Risso (Juillet 2003)

- Vertigo: dernières parutions de divers artistes (Octobre 2001)

 

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