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La Porte des Enfers de Laurent Gaudé, Actes Sud
 

Ombres et lumière

Quelques instants suffisent à infléchir le cours d’une vie, à transformer un bonheur tenu pour acquis en un océan de désespoir. Matteo et Giuliana en font la cruelle expérience. Tous les matins, il accompagnait leur fils Filippo à l’école. Mais un jour, une fusillade éclate sur le chemin et malgré la protection de son père, l’enfant meurt, touché par une balle perdue. A la fureur de sa femme qui réclame vengeance, Matteo ne peut offrir que le visage de l’impuissance. Il dérive sans but au volant de son taxi dans les rue de Naples à la recherche d’une vague raison d’espérer. Au cours cette errance nocturne, il se lie d’amitié avec quelques personnages hauts en couleurs, le cafetier Garibaldo, le travesti Graziella, le curé quelque peu défroqué don Mazerotti et surtout le professeur Provolone aux obscures théories. Pour cet homme mystérieux, les Enfers ne sont plus un mythe. Il prétend même connaître un moyen d’y accéder…

Laurent Gaudé puise son inspiration dans le folklore italien et ses traditions pour signer une émouvante histoire de filiation. L’auteur du Soleil des Scorta conjugue habilement les éléments du pittoresque italien avec des éléments nettement plus fantastiques. Le roman explore des failles de notre inconscient, notre refus de la mort pour accoucher d’une vision brute mais saisissante des Enfers où transparaît la douleur de la perte d’un être cher. Les visions de cauchemar se succèdent (solitude, désespoir, folie, oubli…) pour néanmoins buter sur une note d’espoir. Le père et le fils se retrouvent en effet pour insuffler un peu de courage à celui qui survit. Par delà la symbolique, Laurent Gaudé parle de deuil et rend hommage aux personnes aujourd’hui disparues qui ont marqué sa vie. Les vivants souffrent en silence mais tirent du souvenir de leurs proches l’énergie de continuer à vivre pour perpétuer leur souvenir. D’une terrible tragédie, la mort d’un enfant, Laurent Gaudé a su tirer un livre lumineux qui se finit sur l’image irradiante d’un bonheur retrouvé.

Editions Actes Sud, 266 pages, 19.5 euros
J.H.D. 

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