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Lacrimosa de Régis Jauffret, Gallimard
 

Rendez vous manqué

Ce roman vient du cœur, des tripes. Dans Lacrimosa, Régis Jauffret se remet en cause et évoque le suicide d’une jeune femme avec laquelle il a entretenu une liaison sans lendemain peu de temps avant sa mort. Il avait rencontré Charlotte par hasard, lors d’une séance de dédicaces au Salon du Livre, un amour immédiat que le temps et la petite monotonie du quotidien ont fini par tuer dans l’œuf.

Le livre instaure un faux dialogue sous forme de correspondance épistolaire entre le romancier et son ancienne amante. Régis Jauffret relate quelques épisodes de leur courte histoire (dont un savoureux passage au Club Med), tente de se justifier ou de comprendre le geste de Charlotte. Invariablement, elle commence ses réponses par un Mon pauvre amour où se lit la tristesse de l’écrivain mais aussi toute l’ironie de celle qu’il n’a pas su sauver.

Car Charlotte ne reviendra pas. La jeune femme laisse Régis Jauffret confronté à la vacuité d’une vie dédiée à la littérature. Il faut beaucoup de courage et de recul pour écrire un tel livre, pour admettre que sa propre existence, devenue un spectacle, sert de matière au travail d’écriture avec les conséquences que ce choix implique: le travail de l’écrivain empiète sur la vie de l’homme.

La jeune femme interpelle l’écrivain, ses ambitions dérisoires, son quotidien banal qui lui sert de ressort narratif. Désarçonné, Régis Jauffret en vient à s’interroger sur son art. Mais Charlotte ne s’est pas suicidée à cause de lui. Elle ne supportait tout simplement plus la vie. Avec ses mots, Lacrimosa sa fait le portait d’une femme seule dans un monde qu’elle ne comprend plus. Ne lui demande-t-on pas d’interroger des gens heureux dans le cadre de son travail ? L’écriture sans artifices de Régis Jauffret l’accompagne dans sa détresse jusqu’à paradoxalement lui rendre cette étincelle de vie qui s’est toujours refusé à elle, rendant au passage à cette jeune femme partie sur un malentendu tragique le plus beau des hommages.

Editions Gallimard, 217 pages, 16.5 euros
J.H.D. 

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