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Mangez le si vous le voulez de Jean Teulé, Julliard
 
Le Village de l'horreur

A priori, rien ne distingue le petit village d’Hautefaye des autres villages de France. De l’église aux pâturages, rien ne manque à ce petit coin de Dordogne. Mais le petit village cache un terrible secret qui malgré les années continue encore aujourd’hui de susciter le malaise parmi les habitants de la région.

Dans ce roman au titre léger, Jean Teulé revient sur l’un des épisodes les plus honteux de l’histoire de France. Dans le temps, Hautefaye accueillait tous les ans à la mi-août une foire agricole de premier plan. Mais l’édition de 1871 fur marquée du sceau de l’infamie. Ce jour-là, une foule hystérique lyncha et tortura un jeune notable de la région dévoué et aimé de tous. Rien ne laissait pourtant présager une telle tragédie. Le matin du drame, Alain de Monéys apprête son cheval pour se rendre à la foire d’Hautefaye. Il veut acheter une génisse pour une vieille amie de sa famille sans ressources et exposer son projet d’assainissement des terres environnantes. La foule en colère, incontrôlable ne lui laissera pas le temps de s’expliquer…

Jean Teulé retranscrit la mise à mort du jeune homme dans toute son horreur, détournant le cadre bucolique du petit village (le petit cerisier, la bergerie…) baignée par l’odeur de la vengeance aveugle et stupide. Ils tuent leur ami d’enfance, un homme qui leur a rendu de nombreux services. Certains essaient d’empêcher sa mise à mort mais les barbares galvanisés par la foule ne peuvent être raisonnés. Dans Le Magasin des suicidés, Jean Teulé abusait d’une langue parlée et familière parfaitement adaptée ici pour accentuer le terrible réalisme de la tuerie à laquelle participent des hommes et des femmes ordinaires.

Le crime extraordinaire d’Hautefaye fut sévèrement puni, le sous préfet allant jusqu’à suggérer à Gambetta de raser le village, ce que le président du conseil refusera. Cette décision n’aurait de toute manière pas fait revenir Alain de Moneys mais elle laisse planer sur Hautefatye le sinistre souvenir d’une foule furieuse qui en s’acharnant sur son bouc émissaire a perdu toute humanité. Une leçon à méditer.

Editions Julliard, 129 pages, 17 euros
J.H.D. 

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