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Des hommes de Laurent Mauvignier, Editions de Minuit
 
Dans le centre de la France, un banal anniversaire tourne au drame. Bernard dit Feu de Bois provoque une altercation et commet une agression à caractère raciste. Alors que les gendarmes prennent en charge les victimes, la population s’interroge et voit ressurgir les fantômes d’un passé douloureux. En 1960, Bernard, son cousin Rabut, Février et tant d’autres sont partis pour l’Algérie porter les couleurs de la France. Ils y ont découverts la peur, l’horreur et l’absurdité d’une guerre qui ne disait pas son nom.

Laurent Mauvignier rouvre ces blessures dans un roman déroutant. Dans la première partie, il met en scène une fête de village qui tourne mal comme si la guerre d’Algérie se jouait toujours dans les têtes. Bernard n’est qu’un clochard que les autres habitants tolèrent parce qu’il leur rappelle les évènements. Il extériorise sa rancœur par des propos racistes. Malheureusement l’écriture ne suit pas et ressasse les mêmes obsessions limitées, les préjugés racistes des uns, les interrogations des autres qui se demandent comment Bernard avait trouvé l’argent pour acheter la broche à sa sœur. L’absence de dialogue et les changements intempestifs de narrateur rendent la lecture encore plus fastidieuse.

La partie consacrée à la guerre d’Algérie relève fort heureusement l’intérêt du livre. Laurent Mauvignier ne peut plus s’abriter derrière l’écriture. Le récit ne peut passer sous silence le cycle infernal d’exactions et de représailles qui finit par annihiler toute barrière entre bien et mal. L’auteur rend parfaitement l’enfermement et la peur qui ne quittent plus les soldats même en permission. Ils se sont battus pour une cause perdue et ont perdu leur honneur. La France abandonne ses harkis et déteste les pieds noirs. Il ne reste à Bernard et à ses compagnons que le silence pour essayer d’oublier ce qui ne s’oublie pas : la peur du fellagha qui menace les sentinelles, la chaleur suffocante, les embuscades et le départ précipité. Le roman racle la mémoire des conscrits pour en tirer quelques épisodes d’une rare intensité. Cela ne saurait toutefois faire oublier une première partie complètement ratée.

Editions de Minuit, 280 pages, 17.50 euros
J.H.D. 

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