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Le dernier crâne de Mr Sade de Jacques Chessex, Grasset
 
La relique du plaisir

Rien ne doit venir troubler la légendaire tranquillité suisse. Aussi dans son pays natal, l’ultime roman de Jacques Chessex est vendu sous cellophane, histoire de ne pas choquer les bonnes âmes helvètes. L’auteur de l’Ogre se moque des censeurs. Avec ironie, l’introduction de ce dernier crâne de Mr Sade met en garde le lecteur contre le tableau de ces scènes décadentes, dans l’espoir que le spectacle agira dans la conscience de nos lecteurs comme un épouvantail hideux et décidément dissuasif.

Les fidèles lecteurs de Jacques Chessex savent à quoi s’en tenir. Avec malice, l’auteur romance les derniers mois du divin marquis à l’automne 1814. Enfermé dans un hôpital psychiatrique à Charenton, l’homme suscite toujours et à juste raison, la méfiance des autorités. Malgré son grand âge, il continue ses jeux érotiques corsés et revendique toujours un anticléricalisme viscéral. Sa mort sonne presque comme un soulagement aux yeux des autorités mais l’esprit du marquis poursuit son œuvre à travers les tribulations insensées de son crâne.

Entre superstition et vérité historique, Jacques Chessex rend un truculent hommage à Sade, sa frénésie sexuelle, sa liberté dans une France encore influencée par l’Eglise. Le marquis incarne la libération de l’homme par la jouissance. Ainsi, les personnages du roman voient dans son crâne l’instrument de leur fantasmes. Ils lui confèrent des pouvoirs surnaturels parfois inquiétants. Jacques Chessex s’amuse même de l’emprise de la relique qu’une riche bourgeoise se croit obliger de nourrir chaque soir du corps d’une jeune vierge. Le crâne accapare les esprits et obsède le narrateur. Sade aurait apprécié un tel hommage qui par un cruel effet de miroir se voit transposer à l’œuvre de Jacques Chessex disparu l’automne dernier. De sa dernière demeure, l’auteur de L’Ogre nous observe avec malice, ravi de son dernier tour littéraire. Avec ce roman testament, il rejoint le divin marquis dans la postérité.

Éditions Grasset, 170 pages, 12 euros


J.H.D. 

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