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Entrée des fantômes de Jean-Jacques Schuhl, Gallimard (L'Infini)
 
Jusqu'au bout de la nuit

Il faut que la nuit tombe pour amorcer l’imagination de Jean-Jacques Schuhl. C’est entre de mystérieux hôtels et quelques boites de nuit branchées que se joue un roman d’espionnage dont l’héroïne poreuse est semblable à la plaque hypersensible d’une pellicule TRI.X ultra rapide : Tout l’impressionnait. Elle reflétait le temps tout le temps. Les personnages portent ici des noms énigmatiques, leurs motivations restent flous mais le style de Jean-Jacques Schuhl capte l’attention du lecteur tel un Mabuse littéraire jusqu’à l’interruption brutale du récit…

Un second roman plus classique prend le relais. Jean-Jacques Schuhl évoque quelques épisodes de sa vie, des amis parfois disparus, son travail soit quelques souvenirs pas toujours très nets mais à partir desquels l’auteur recrée une ambiance de film noir saisissante. Le ‘Je’ de Jean-Jacques Schuhl rappelle celui de Modiano, un narrateur à la mémoire parcellaire et aux souvenirs incertains. Mais il évolue dans un Paris plus moderne et secret. Chez Modiano, les lieux disparaissent, vendus ou rasés, emportés par le cours de l’histoire. Chez Jean Jacques Schuhl, les lieux semblent cachés et éternels. Seuls quelques privilégiés connaissent leur existence.

De là découle une écriture plus libre et mentale, portée par l’expérience de la nuit. L’auteur côtoie actrices, cinéastes, musiciens et producteurs, autant de créateurs nocturnes identifiés par ces lieux de rencontres sophistiqués. D’une époque à l’autre, d’un lieu à l’autre, il nous entraîne dans les méandres de sa mémoire. Son écriture érige l’imprécision de ses souvenirs en certitude et charrie de multiples références, de Peter Lorre à Daho en passant par Tintin et Tierney. Fiction et réalité se superposent à l’image de cette interview fantasmée de Jim Jarmush. Résister ne sert à rien. Happé par le roman, l’auteur devient lu même un personnage à part entière de cette ballade hypnotique où se rejoignent les spectres d’une vie nocturne fascinante.

Éditions Gallimard (L'Infini), 142 pages, 13.90 euros

J.H.D. 

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