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Le Cuisinier de Martin Suter, Christian Bourgeois Editeur
 
Nouvelle Cuisine

De son pays, le Sri Lanka, Maravan ne garde plus que quelques souvenirs d’enfance auprès de sa tante Nangay. Ce jeune réfugié tamoul a fui la guerre civile pour la Suisse et travaille dans les cuisine de Huwyler, l’une des tables les plus en vue de Zurich, une table où se pressent vedettes, hommes d’affaires et journalistes. Maravan reste cependant cantonné à des tâches ingrates comme la préparation des légumes ou la plonge, loin du savoir culinaire que lui a transmis sa tante.

Après son licenciement, il monte avec une ancienne collègue des dîners aphrodisiaques réservés à une clientèle fortunée. Dans ce cadre sans contraintes, Maravan peut laisser libre cours à son imagination et surtout gagner beaucoup d’argent pour faire vivre sa famille restée au Sri Lanka. Mais cette situation ne satisfait guère le jeune tamoul persuadé de corrompre sa passion et les recettes de sa tante…

Contre toute attente, Martin Suter parvient à donner du relief à la cuisine de Maravan. Sa langue colorée restitue l’exotisme et les nuances des plats de l’apprenti chef. Le Cuisiner ouvre l’appétit et la curiosité du lecteur. Sous la plume du romancier suisse, Maravan devient un véritable artiste, maître des saveurs de son pays et gardien des recettes ancestrales de sa tante. La transmission de ce savoir pimente le roman. Maravan vit avant tout la cuisine comme une passion, une succession de gestes qui transforment quelques produits bruts et crus en tout autre chose et qui vous rend heureux. Une passion dévoyée par le jeune tamoul dans Food Inc. Pourtant, tout au long du livre, il reste le seul personnage désintéressé, le seul à envisager la cuisine comme une activité non lucrative.

Cette singularité permet à Martin Suter d’aborder d’autres thèmes comme la peinture d’une communauté immigrée tiraillée entre intégration et traditions familiales. Au grand dam de Malut, sa fille Sandana refuse un mariage arrangé. Ici les filles veulent choisir leur mari elles-mêmes. Surtout, le roman met en évidence le fossé culturel qui sépare Maravan de la population suisse : mais à présent qu’il en découvrait les coulisses, il comprenait à quel point ces gens et leurs problèmes lui étaient étrangers (…) ce qui était important à leurs yeux, tout cela lui paraissait insolite. A travers le regard de Maravan, Martin Suter se moque de ses compatriotes, de Huwyler qui s’inquiète de la réputation de son restaurant au moindre malaise d’un client fortuné et de ces couples fortunés mais sans imagination qui contactent Food Inc. pour sauver leur mariage.

Outre l’histoire du cuisiner tamoul, un second récit se déroule dans l’ombre. La crise financière menace la plus grosse banque du pays (UBS jamais nommée) tandis qu’en coulisses se négocient de juteux contrats d’armements illégaux et les stratégies de déstabilisation des fleurons industriels du pays. Martin Suter porte un regard sombre sur le capitalisme suisse contrebalancé par les tribulations romantiques de Maravan qui viennent à point nommé nous rappeler que l’argent ne fait pas le bonheur.

Christian Bourgeois Éditeurs, 343 pages, 20 euros

J.H.D. 

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