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chroniques littéraires

L'Exil et le royaume de Albert Camus, Gallimard (Folio)
 
Humain, trop humain

Quand le nom d’Albert Camus est évoqué, viennent instantanément à l’esprit L'Étranger et La Peste. Ces romans ont forgé la réputation de l’écrivain engagé au détriment de ses essais (L’Homme révolté) ou pièces de théâtre (Les Justes). Publié en 1957, ce recueil de six nouvelles donnent une autre dimension à son œuvre romanesque. L’auteur de La Chute se met dans la peau d’une femme mal aimée de son mari (La femme adultère), s’essaie à l’ironie (Jonas) et quitte son Algérie natale pour un Brésil exotique (La Pierre qui pousse). Les autres nouvelles s’inscrivent dans la veine romanesque de L'Etranger. Dans Les Muets, Camus évoque l’échec d’une grève qui ôte la parole à des ouvriers quand la fille de leur patron est victime d’une attaque. L’Hôte met en scène un instituteur que les gendarmes contraignent à escorter un prisonnier algérien. L’homme essaie de rester en paix avec sa conscience mais l’épilogue montrera que malgré ses intentions, il n’a su se faire comprendre de personne. Ces deux récits brillants mettent en lumière l’absurdité de la condition humaine, partagée entre convention sociales et révolte. Les personnages finissent par subir les évènements et deviennent spectateurs de leur vie.

La nouvelle Jonas illustre cette idée sur un registre comique. Un banal peintre voit ses toiles montées en épingle avant de retomber dans l’anonymat. Albert Camus s’amuse de cet artiste que la renommée coupe de son art : trop occupé à répondre à toute sorte de sollicitations, il ne peint plus ! A ces figures dominés par la force des choses, Camus oppose deux personnages Jeanine et d’Arrast. Ils partagent le même sentiment d’impuissance, d’une jeunesse perdue et d’une existence sans perspective. Dans la nuit algérienne, la femme adultère se réconcilie avec elle-même. L’expérience de d’Arrast se révèlera encore plus singulière. L’ingénieur débarque au Brésil pour mener la construction d’une digue protégeant la ville d’Iguape. D’Arrast a fui un lourd secret qui ne sera que partiellement dévoilé. En quête de rédemption, il aidera par tous les moyens un indien à tenir une promesse insolite réalisant ainsi le fantasme d’une nouvelle solidarité qui n’a pu s’accomplir dans les précédentes nouvelles.

Éditions Gallimard (Folio), 185 pages, 5.70 euros


J.H.D. 

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