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La Mort est mon métier de Robert Merle, Gallimard (Folio)
 
Rudolf Lang a bel et bien existé. Il s’appelait Rudolf Hoess et commandait le camp de concentration de Auschwitz Birkenau. Robert Merle relate ici son parcours depuis son enfance jusqu’à son engagement au sein de la SS et son rôle dans la mise en œuvre de la Solution Finale.

Découpé en plusieurs époques, La Mort est mon Métier prend le contre pied des livres de l’époque ( les années 50) sur la question du génocide des populations juives d’Europe en adoptant le cadre plutôt rassurant d’un récit. Il n’en est rien, la lecture du livre s’avère terrifiante, les scènes irréelles et choquantes comme celle qui voit la construction d’une énorme fosse crématoire. Robert Merle décrit le parcours chaotique de Lang pour mieux en souligner les dérives : la crainte du père qui devient au fur et à mesure une obéïssance sans limites, le patriotisme exarcerbé avec au passage une saisissante mise en abyme du chaos de l’époque engendré par le premier conflit mondial et le traité d’armistice vécu comme un affront à laver. Surtout un sens de l’honneur pervers. Ainsi Himmler, sorte de père de subsitution n’est déchu que parce qu’il abandonne ses enfants, les officiers SS…

Au centre de ce voyage dans l’inhumanité, un homme aux réactions imprévisibles et monstrueuse. Lang perd progressivement tout sentiment d’humanité pour se muer en un froid calculateur dont les équations glacent le sang. Fin psychologue, Robert Merle distille un malaise durable, à son paroxysme dès que la « gorge de Lang se noue »… Surtout, il ne comprendra jamais vraiment et restera ferme sur ses positions, sans éprouver le moindre remords. (« je ne pouvais pas me permettre d’être ému. J’avais des ordres »). L’obéïssance aux ordres. Rare sont les livres qui dissèquent aussi bien les rouages assassins d’un régime totalitaire, le passage d’une conscience humaniste à une mécanique criminelle. Contre l’oubli, un livre fort dont les mots en disent bien plus que beaucoup de discours.

Editions Gallimard (Folio) 370 pages.
J.H.D. 

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