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La Tache de Philip Roth par J.H.D., Gallimard (du monde entier)
 
Self Mad Man.

Eté 1998. L’Amérique bien pensante vit suspendue aux dernières révélations des frasques du président Clinton et d’une de ses stagiaires. Au fin fond de la Nouvelle Angleterre, Coleman Silk, ex-doyen de l’université d’Athena enrage suite au décès de sa femme provoqué selon lui par l’acharnement dont il a été la victime. Le professeur avait en effet qualifié deux étudiants remarqués pour leur absentéisme de spectres, des mots malheureux en raison de leur forte coloration raciale. L’incident avait provoqué toute une levée de boucliers et avait poussé le doyen, figure emblématique de l’université à la démission.

Coleman Silk rencontre alors Nathan Zuckerman, un voisin écrivain auquel il demande de raconter le récit de sa déchéance. Ce dernier ne se doute pas encore des secrets révélés par son enquête. L’histoire de cet homme sonne en effet comme un écho à l’Histoire récente des Etats-Unis, comme en témoigne sa relation avec une femme de ménage deux fois plus jeune que lui, circonstance aggravante aux yeux de ses concitoyens obnubilés par l’affaire Lewinski. Philip Roth convie avec le Vietnam et la ségrégation autant de fantômes et «indésirables de l’histoire d‘Amérique». Le romancier dénonce ici les dérives de la société américaine, quelque part entre l’hypocrisie morale et le politiquement correct, le communautarisme exacerbé et le racisme latent. Il ne se prive pas non plus de fustiger le nivellement par le bas des valeurs qui ronge les sociétés occidentales et les élites universitaires américaines en particulier.

Mais la Tâche révèle avant tout le portrait saisissant d’un homme qui n’aura cessé de courir après la liberté, s’affranchissant de toute valeur sociale au prix des plus lourds sacrifices. («Son objectif était au contraire de ne pas se laisser dicter son destin par un monde hostile, ignorant, plein d’intentions haineuses, mais, dans la mesure de ce qui était humainement possible, de le prendre en main.»). Ce destin hors du commun trouve avec l’écriture sensible de Philip Roth un porte étendard parfaitement adéquat. A la fois légère et grave, le livre emporte le lecteur aussi sûrement que sa détermination porte le jeune Coleman. Le romancier multiplie les pistes, et joue avec les genres (comédie, drame, critique sociale, burlesque…) avec une facilité et une maîtrise déconcertante, la lecture s’avère vite passionnante et le lecteur fasciné se surprend à relire des passages entiers.

Subtile, élégant, jubilatoire et tragique, La Tache est un livre tout simplement fabuleux. Comme l’indique une célèbre banderole, tandis d’un bout à l’autre de la Maison Blanche « ICI DEMEURE UN ETRE HUMAIN ».

Editions Gallimard (Du monde entier), 441 pages, 22.50 euros
J.H.D. 

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